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    Sois gai et tais-toi

    Une étude indique que les studios rechignent encore à embaucher des acteurs ouvertement homosexuels

    2 octobre 2013 |François Lévesque | Cinéma
    Neil Patrick Harris (à droite) avec son conjoint David Burtka
    Photo: Agence France-Presse (photo) Ben Horton Neil Patrick Harris (à droite) avec son conjoint David Burtka

    Miroir sociétal par excellence, le cinéma témoigne, d’une époque à l’autre, de l’évolution des mentalités sur une variété de questions, par exemple celle de l’homosexualité. Sur le grand écran, elle fut péché quand elle était montrée, puis tolérée et, enfin, acceptée. Apanage de rôles secondaires comme l’ami compréhensif ou la copine suicidaire, l’homosexualité accède désormais, parfois, aux rôles principaux. Hollywood, ville ouverte? Une étude menée par la Guilde des acteurs de cinéma et la Fédération des artistes de la radio et de la télévision des États-Unis (SAG-AFTRA) tend à démontrer que si la rectitude politique y prévaut devant la caméra, il en va autrement en coulisses dès lors que l’homosexualité est réelle et affirmée.

     

    La SAG-AFTRA, en collaboration avec l’Institut Williams de l’Université de Californie à Los Angeles, a interrogé près de 5700 de ses membres (de toute orientation). Le tiers d’entre eux estiment que des directeurs de casting, des réalisateurs et des producteurs font souvent montre d’un parti pris négatif à l’endroit des interprètes LGBT, percevant un risque commercial accru. Plus du tiers des répondants ont été témoins de traitements discriminatoires.

     

    Un public plus ouvert que les studios ?

     

    Pourtant, les exemples d’un public favorable à la représentation de l’homosexualité au petit et au grand écrans se multiplient. En 1993, Tom Hanks prouva qu’une vedette hétérosexuelle n’avait pas à craindre de jouer un personnage gai : Philadelphie lui valut son premier Oscar et l’imposa comme acteur dramatique après des années de comédies. Douze ans plus tard, en mode plus explicite, les carrières respectives de Heath Ledger et Jake Gyllenhaal gagnèrent en crédibilité après Souvenirs de Brokeback Mountain, dans lequel ils campent des cow-boys dans le placard.

     

    À la télévision, la comédie de situations Will and Grace, dans laquelle les deux personnages masculins principaux sont des hommes gais (Will le coincé et Jack l’inénarrable), connut un énorme succès entre 1998 et 2006. Eric McCormack (Will) n’est pas gai, Sean Hayes (Jack), si. À la télé encore, l’acteur Neil Patrick Harris bénéficie d’une cote d’amour inébranlable dans le rôle d’un macho attachant, don juan invétéré, et hétéro, dans la série How I Met yourMother(2005), et ce, bien qu’il eût fait un coming out très publicisé en 2006.

     

    Coach tyrannique dans Glee, dont elle est le fer de lance, Jane Lynch est ouvertement lesbienne, à l’instar d’Ellen DeGeneres, animatrice de l’un des talk-shows les plus regardés aux États-Unis. Lors d’une récente cérémonie honorant l’ensemble de sa carrière, Jodie Foster a évoqué son homosexualité tout en rappelant, fort élégamment, que sa vie privée ne regarde qu’elle. Des années plus tôt, l’actrice et humoriste Lily Tomlin avait ouvert la voie.

     

    Los Angeles interdite

     

    Officiellement, l’homophobie n’a pas la cote dans la mecque du divertissement. Après avoir proféré des commentaires homophobes envers un collègue, Isaiah Washington fut renvoyé de la série Docteur Grey, en 2007. Récemment, le romancier Brett Easton Ellis (American Psycho) a affirmé sur Twitter que Matt Bomer, un temps considéré pour le rôle-titre très convoîté de l’adaptation de 50 Shades of Grey, ne constituait pas un bon choix pour jouer un coureur de jupons hétérosexuel puisqu’il s’affiche en tant que gai. Pressenti pour écrire le scénario du film, l’écrivain n’a pas été embauché. Cet été, la vedette de La grande évasion, Wentworth Miller, a refusé l’invitation du festival du film de Saint-Pétersbourg afin de protester contre la loi antigais promulguée en Russie, dévoilant du même coup son homosexualité.

    Bref, on pourrait croire révolue l’époque où un Rock Hudson ou un Montgomery Clift devaient taire leur identité sexuelle afin de préserver leur statut de stars. Or, entre autres statistiques colligées par la SAG-AFTRA, le quart des répondants croient avoir nui à leur carrière en rendant publique leur orientation sexuelle. Ville ouverte, Hollywood?
     

    Neil Patrick Harris (à droite) avec son conjoint David Burtka Coach dans Glee, Jane Lynch est plus populaire que jamais. Matt Bomer a été considéré pour le rôle-titre de 50 Shades of Grey.












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