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    Arthur Lamothe 1928-2013 - La mémoire battante du sel de la terre

    20 septembre 2013 |Odile Tremblay | Cinéma
    Les luttes des Québécois, Arthur Lamothe les a faites siennes aussi.
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Les luttes des Québécois, Arthur Lamothe les a faites siennes aussi.

    Plus québécois qu’un Québécois né sur la souche, plus Innu qu’un Innu, pionnier parmi les pionniers du cinéma, avec cet oeil en biais venu d’ailleurs, et un coeur du bon côté.

     

    Si longtemps à l’écoute des ouvriers et des Autochtones, homme de courtoisie et d’engagements ! Mais paralysé, aphone depuis un an, emporté mercredi soir à 84 ans. Adieu, Arthur Lamothe !

     

    Jamais plus on ne l’entendra raconter son drôle de parcours de fils de viticulteurs gascons débarqué en 1953 au Québec, avec quatre dollars, un fromage et une bouteille d’armagnac en poche. Rien ne le prédestinait à devenir le cinéaste de la quête identitaire et la mémoire audiovisuelle amérindienne. Et pourtant…

     

    Huit accidents vasculaires cérébraux ont fini par avoir raison de lui. Son épouse Nathalie Gressin, qui l’appuya dans sa maladie, l’avait aidé à numériser tant de ses films. Il l’avait épousée à Maliotenam, communauté innue près de Sept-Îles. Ses cendres y seront dispersées, chez les Innus, ses amis, ses frères.

     

    À son arrivée chez nous, 36 métiers, toutes les misères, bientôt étudiant en économie politique, puis recherchiste à Radio-Canada, écrivant des rubriques de cinéma pour Cité libre.

     

    L’ONF l’aura lancé au cinéma, avec des courts métrages et puis…

     

    Dans son documentaire phare Bûcherons de la Manouane, en 1962, avec l’aide de Bernard Gosselin à l’image, il proposait du cinéma direct avant la lettre. Place à des Québécois trimant, bûchant par grand froid dans les chantiers de la Haute-Mauricie, comme il l’avait fait à son arrivée en nos terres ! Le film fit date.

     

    Les luttes des Québécois, il les a faites siennes aussi. Le mépris n’aura qu’un temps, sur les ouvriers de la construction (1969), longtemps censuré, courant sous le manteau, fut un cri de dénonciation militante.

     

    « Arthur était trinational, résume le cinéaste Jacques Leduc : Français, Québécois et Amérindien. »

     

    Sa série Chroniques des Indiens du Nord-Est du Québec, véritable trésor ethnologique auquel se sont greffés des inédits (81 documentaires en tout), est entièrement numérisée.

     

    De 1973 à 1983, Lamothe avait sillonné les réserves de la Côte-Nord avec l’anthropologue Rémi Savard et l’interprète Thérèse Rock, pour filmer, donner la parole aux Innus, témoigner d’une culture en perte de vitesse et de sens. Il avait relayé leurs revendications, témoigné du racisme atroce dont ils étaient victimes, prenant le gouvernement à parti. Le cinéaste refusait de les montrer soûls, ou gelés, ou violents, pour mettre en relief les richesses de leurs sociétés.

     

    Au cours de son enfance française, il jouait aux Indiens et aux cow-boys, épris du mythe rousseauiste du « bon Sauvage ». Plus tard, jobbant comme bûcheron au lac Simon, il vit des Algonquins sous la tente, parlant « indien ». Quoi !s’était-il exclamé, avant d’assouvir sa curiosité.

     

    « À l’époque, les films faits sur les Indiens laissaient à désirer, jamais tournés dans leur propre langue, collés au regard des Blancs », rappelait-il au Devoir.

     

    Arthur Lamothe aura capté des rituels de tente à suer et de scapulomancie, filmé les Innus de Saint-Augustin à travers leur passage des tentes aux maisons, abordé dans des scènes inoubliables le chamanisme à travers Mémoire battante.

     

    « Les Indiens l’aimaient, précise le cinéaste et directeur photo Jean-Claude Labrecque. Ils goûtaient son humour, son accent, appréciaient qu’il ne soit ni Québécois, ni Américain et qu’il s’intéresse sincèrement à eux. »

     

    « Son rôle auprès des Amérindiens ne lui aura pas fait gagner la lumière. Il est resté dans l’ombre comme eux », renchérit Antonin Billard, un de ses grands amis.

     

    Documentaires et fiction

     

    Le président de l’Office national du film, Tom Perlmutter évoque le souvenir impérissable laissé par ce cinéaste de passion et de conviction.

     

    Lamothe a travaillé à l’Office au cours des années 60 comme documentariste, mais aussi pour son premier film de fiction, La neige a fondu sur la Manicouagan, dans lequel Vigneault chantait pour la première fois Mon pays !. Revenant au berceau de l’ONF au début des années 90 pour La conquête de l’Amérique 1 et 2, à la défense des droits territoriaux des Innus.

     

    Lamothe était meilleur documentariste que cinéaste de fiction. Son Poussière sur la ville (1968), d’après l’impressionniste roman d’André Langevin, aurait gagné à dégager plus de spleen. Mais Équinoxe en 1986, coscénarisé avec Gilles Carle, tourné à travers les îles de Sorel, mal accueilli, possédait de vrais accents poétiques. Lui-même coscénarisa La mort d’un bûcheron de Gilles Carle, son grand ami. Leurs oeuvres se sont croisées.

     

    Au milieu des années 90, ce qui allait être son dernier long métrage de fiction Le silence de fusils, tourné près de Maliotenam, se collait à un fait divers, un meurtre d’Innus en pleine guerre du saumon. Mais le film, qui avait connu des écueils au scénario comme au tournage, était loupé. Il l’admettait.

     

    Premier lauréat du prix Albert-Tessier en 1980, longtemps impliqué dans toutes sortes d’organismes, cofondateur entre autres de l’Association professionnelle des cinéastes du Québec, Arthur Lamothe n’aura jamais lâché sa gauche. Il demeure à jamais le compagnon de lutte de toute une génération qui mit au monde le cinéma québécois.

     
     
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