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    Femmes et science-fiction, retour à la case départ?

    10 août 2013 08h28 |François Lévesque | Cinéma
    Sigourney Weaver dans le rôle d'Ellen Ripley dans Aliens
    Photo: 20th Century Fox Sigourney Weaver dans le rôle d'Ellen Ripley dans Aliens
    Un film en dit souvent autant sur l’époque à laquelle son intrigue se situe que sur celle à laquelle il a été produit. Cet axiome s’applique particulièrement bien à la science-fiction et à la manière dont le genre documente indirectement l’émancipation de la femme, c’est du moins l’opinion de Dean Conrad. Professeur à l’Université de Hull en Angleterre, Dean Conrad est entre autres un spécialiste de la question de la représentation de la femme dans le cinéma de science-fiction.

     

    Dans son essai Femmes futures. One Hundred Years of Female Representation in SF Cinema, l’auteur offre un exemple éloquent en s’appuyant notamment sur le parcours d’une même actrice. « Quand Yvette Mimieux est apparue dans La machine à explorer le temps (Georges Pal, 1960), le rôle féminin le plus important était son esclave candide, Weena. À l’époque du film Le trou noir (Ralph Nelson, 1979), une place avait été faite pour que Mimieux joue une astronaute et une scientifique, la docteure Kate McCrae. Dans le remake de La machine à explorer le temps (Simon Wells, 2002), Weena a été remplacée par la bagarreuse Mara. »

     

    « Le film Alien (Ridley Scott, 1979) a ouvert la voie aux figures féminines héroïques », explique Dean Conrad au Devoir. En 1986, Aliens (James Cameron), le second film de la série, l’a pavée. Dans ces oeuvres, le lieutenant Ellen Ripley (Sigourney Weaver) combat des créatures extraterrestres et n’a besoin d’aucun homme pour venir la secourir. Indépendante, intelligente, elle fut une pionnière. Elle changea la donne au sein d’un genre qui avait jusque-là vu défiler son lot de sages assistantes et de laborantines serviables.

     

    « Alien a engendré une pléthore de représentations féminines positives, des personnages intéressants qui font avancer l’action plutôt que d’être à la remorque de celle-ci », précise Dean Conrad. Cela inclut la protagoniste (Noomi Rapace) tenace et résiliente de Prometheus (R. Scott, 2012), un antépisode révélant d’où viennent les monstres d’Alien. « Entre 1979 et 1997, les femmes ont vécu un véritable âge d’or dans le cinéma de science-fiction », soutient-il.

     

    Des exemples ? Dans Blade Runner (Ridley Scott, 1982), le chasseur de prime Deckart affronte une tueuse (Joanna Cassidy) et une fausse potiche (Daryl Hannah) redoutables, l’une et l’autre maîtrisant mieux que lui l’art du combat. Quant à Rachael (Sean Young), cette androïde qui se croit humaine, elle parvient à sauver la peau du héros en dépit d’une crise existentielle toute compréhensible.

     

    Dans Dune (David Lynch, 1983), sur l’avènement d’un messie intergalactique unificateur, tant la royale dame Jessica (Francesca Annis), la mère du protagoniste, que Chani (Sean Young), son épouse guerrière, savent se battre.

     

    Un détournement amusant - et bienvenu - d’un motif issu des contes de fées survient à la fin de La matrice (Lana et Andy Wachowski, 1999) lorsque Trinity (Carrie-Anne Moss) réveille d’un baiser le héros qu’on croyait mort (Keanu Reeves).

     

    Ces hommes qui ont peur d’avoir peur

     

    Comment expliquer la régression actuelle que semble confirmer le film Elysium ? Pour Dean Conrad, la réponse est simple. « Le cinéma est devenu très coûteux, et je crois que Hollywood, qui est majoritairement géré par des hommes, a eu peur. Cela s’est traduit par un retour au conservatisme. Quand le cinéma est passé au parlant au début des années 1930, que la couleur est devenue la norme, que le format panoramique a remplacé le format carré, que le numérique a supplanté l’analogique, le résultat a toujours été un retour au conservatisme. Une représentation « acceptable » vient tempérer la surprise liée à la nouveauté. »

     

    Ce retour à une représentation rétrograde de la femme dans le cinéma de science-fiction coïncidant avec l’explosion des coûts de production à Hollywood se vérifie aussi dans les deux récents films de la série Star Trek, signale Dean Conrad. « Chacun comporte des personnages féminins en apparence forts, mais finalement accessoires. Les intrigues parlent d’hommes, de leur testostérone et de leur rébellion contre leurs pères biologiques, leurs pères de substitution ou la mémoire de leurs pères. »

     

    Pour peu qu’un film en dise effectivement autant sur l’époque à laquelle son intrigue se situe que sur celle à laquelle il a été produit, doit-on s’inquiéter des acquis fragiles en matière d’égalité des sexes ?
    Sigourney Weaver dans le rôle d'Ellen Ripley dans Aliens Le lieutenant Ellen Ripley (Sigourney Weaver) s'impose comme figure d'autorité dans Aliens Trinity ramène Neo d'entre les morts d'un baiser dans La matrice Chani (Sean Young) et Paul Atreidis dans Dune Yvette Mimieux en fâcheuse posture dans cette photo promotionnelle de La machine à remonter le temps Trinity vient à la rescousse de Neo dans La matrice
     
     
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