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    Karen Black, 1939-2013 - L’égérie du Nouvel Hollywood n’est plus

    10 août 2013 | François Lévesque | Cinéma
    Dans Cinq pièces faciles (Bob Rafelson, 1970), Karen Black est Rayette, une serveuse qui se languit d’amour pour un éternel insatisfait défendu par Jack Nicholson.
    Photo : Source Télé-Québec Dans Cinq pièces faciles (Bob Rafelson, 1970), Karen Black est Rayette, une serveuse qui se languit d’amour pour un éternel insatisfait défendu par Jack Nicholson.
    L’actrice américaine Karen Black a succombé dans la nuit du 8 au 9 août à un long combat contre le cancer. Elle avait 74 ans. Au sein d’une filmographie éclectique comptant près de 150 titres se trouvent plusieurs films significatifs des années 1970, dont Easy Rider, Cinq pièces faciles et Nashville. De fait, cette comédienne à l’attitude et au physique atypiques a profondément marqué cette décennie charnière, mieux connue sous la désignation de Nouvel Hollywood.

    Né en 1939 à Park Ridge, une banlieue aisée de Chicago, Karen Blanche Ziegler grandit dans un foyer où la musique et la littérature occupent une place importante — ses grands-parents sont musiciens et sa mère est une auteure primée de livres pour enfants. Jeune surdouée, elle commence l’université à 15 ans, mais se lasse vite. Direction : New York.

    De pièces off-Broadway en apparitions à la télévision, elle mène une existence bohème durant les belles heures du mouvement beatnik. En 1960, elle épouse Charles Black, dont elle conserve le nom après leur divorce en 1962. Elle se remariera trois fois.

    Proche de Geraldine Page et de son conjoint Rip Torn, alors vedettes des planches, Karen Black se retrouve avec eux en 1966 dans Big Boy, le film de fin d’études d’un certain Francis Ford Coppola. En 1969, Dennis Hopper confie à Karen Black le rôle d’une prostituée dans Easy Rider, quête initiatique de deux motocyclistes hippies qui se rendent à La Nouvelle-Orléans pour le Mardi gras. Brièvement à l’écran, Karen Black ne l’en crève pas moins. Vecteur tantôt de folie latente, tantôt de désarroi, son regard, caractérisé par un léger strabisme, la fait d’emblée ressortir du lot.

    Dans la foulée du succès inattendu de cette œuvre séminale, Hollywood entame une profonde mutation. En effet, ce film indépendant attire des foules qui boudent avec de plus en plus d’ostentation les grosses productions de l’establishment. Le Nouvel Hollywood émerge et la carrière de Karen Black décolle.

    Années fastes

    Elle s’impose de nouveau dès l’année suivante, cette fois dans un premier rôle féminin. Dans Cinq pièces faciles (Bob Rafelson, 1970), Karen Black est Rayette, une serveuse qui se languit d’amour pour un éternel insatisfait défendu par Jack Nicholson. Elle chante Stand By Your Man, de Tammy Wynette ; il lui cache être un pianiste classique. Ces performances demeurent peut-être leurs meilleures à tous deux. Karen Black reçoit une nomination aux Oscar et remporte un Golden Globe pour son interprétation. Lorsque 

    Nicholson s’essaie quelques mois plus tard à la réalisation avec le drame de mœurs Vas-y, fonce !, il fait appel à Black.

    L’année 1973 la voit séjourner à Montréal pour le tournage du film La lunule (Harvey Hart), un drame policier mâtiné d’horreur dans lequel elle interprète une escorte victime d’une secte satanique menée par Jean-Louis Roux. Christopher Plummer enquête. Chanteuse à ses heures, Karen Black interprète les ballades folk qui bercent ce long métrage singulier.

    En 1974, Karen Black figure au générique cinq étoiles de Gatsby le Magnifique (Jack Clayton), scénarisé par l’ami Coppola. Elle confère un aplomb vulgaire parfait au personnage de Myrtle Wilson, épouse de garagiste et maîtresse de nabab par qui le drame arrive. Second Golden Globe. En 1975, elle se distingue dans trois productions. Écrit spécifiquement pour elle par Dan Curtis, le téléfilm La poupée de la terreur lui offre l’occasion de jouer une tueuse en série, des jumelles perturbées et une femme pourchassée par une figurine possédée. Suit Le jour du fléau (John Schlesinger), d’après le roman de Nathanael West, chronique au vitriol du Hollywood des années 1930. Karen Black fascine et, ultimement, émeut dans le rôle d’une aspirante starlette réduite à participer aux orgies qu’organise cette faune de riches et de célèbres à laquelle elle n’appartiendra jamais. Dans Nashville, chef-d’œuvre de Robert Altman, elle se transforme en chanteuse country glamour et écrit ses propres chansons.

    Comme de nombreuses actrices ayant passé le fatidique cap de la quarantaine, Karen Black disparaît graduellement des radars au cours des années 1980-1990. Elle travaille pourtant beaucoup, mais généralement dans des productions de série B indignes de son talent. En 2003, le musicien Rob Zombie la ramène à l’avant-scène dans son film-culte La maison des 1000 morts, où elle campe la matriarche d’une famille de dégénérés. Peu avant son décès, elle complète le tournage du film d’essai In the Woods (Jennifer Elster, 2013), qui met notamment en vedette Moby, Rufus Wainwright et Debra Winger.
     
     
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