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    La nostalgie trash de Robert Morin

    Conte apocalyptique, Les 4 soldats dépeint l’amitié de jeunes combattants unis pour survivre

    10 août 2013 |Odile Tremblay | Cinéma
    Le cinéaste Robert Morin entouré de ses quatre soldats: Christian de la Cortina, Antoine Bertrand, Camille Mongeau et Aliocha Schneider.
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le cinéaste Robert Morin entouré de ses quatre soldats: Christian de la Cortina, Antoine Bertrand, Camille Mongeau et Aliocha Schneider.
    S’il est un cinéaste québécois en perpétuelle expérimentation, loup libre criant à la lune, c’est bien Robert Morin. Dans notre paysage audiovisuel depuis le milieu des années 70, jouant avec les supports, les kaléidoscopes de points de vue, il a beau sauter de productions à vrais budgets (Windigo, Que Dieu bénisse l’Amérique, Les 4 soldats) à des films tournés dans l’urgence, assortis de budgets faméliques (Yes Sir, madame, Quiconque meurt, meurt à douleur, etc.), sa poésie égratignée, hirsute et revendicatrice (qu’il appelle sa poésie de shack) forge son inimitable signature.

    Depuis le temps (pas loin de dix ans) qu’il parlait d’adapter Quatre soldats de l’auteur italien Hubert Mingarelli (Prix Médicis 2003), on avait fini par balayer son projet au rayon des causes perdues. Pas lui. De refus des institutions en versions abandonnées, le cinéaste de Nèg’ et de Requiem pour un beau sans-coeur, tout en tournant d’autres films (Papa à la chasse aux lagopèdes, Le journal d’un coopérant, etc.), tâtonnait sur sa petite armée, écrivait, rongeait son os. Avec un résultat au bout.
     

    Car le film gagne les salles le 16 août, après une première cette semaine à Fantasia où le cinéaste s’est senti accueilli comme une rock star. Morin évoque une nouvelle phase dans sa carrière (pas figée dans le béton). « Mon meilleur ami est mort, Pierre Falardeau aussi. J’ai senti comme une nostalgie. Dans ce film, une sorte de conte, aucune tension, pas de ligne dramatique. Je suis sorti de ma zone de confort. » Son prochain film, 3 Indiens, sera dans la même veine. Après, il verra !

     

    Antoine Bertrand, auréolé par le succès de Louis Cyr, incarne un de ses errants. Aucun flash-back ni explication indue. Les 4 soldats explore l’amitié, d’abord bancale puis soudée comme un cercle familial, entre de jeunes combattants unis pour survivre. Ces gueux, dépossédés de tout, tirent sur les riches, comprend-on, les biens essentiels étant réservés aux nantis.

     

    Il a beau assurer s’être aventuré cette fois dans une voie inédite : un classicisme formel (exit la caméra à l’épaule), reste que le monde trash des 4 soldats s’offre une esthétique voisine de son film Windigo (1994). Quel créateur peut s’éloigner vraiment de sa tanière ?

     

    Les personnages composent tous des archétypes : la mère (Camille Mongeau), le père dominant, macho, insensible (Christian de la Cortina), l’ado (Aliocha Schneider) aux allures d’elfe rescapé du Seigneur des anneaux, celui qui a une intelligence douce (traduisez : un attardé, ou plutôt un idiot dostoïevskien) incarné par un Antoine Bertrand tendre et joyeux. S’ajoutera au quatuor un enfant, Gabriel (Antoine Lécuyer), chroniqueur officiel des faits et gestes du clan, qui faillira à la tâche, laissant en plan l’écriture du récit.

     

    Entre le roman et le film, un fossé par contre. « Dans le livre, les soldats se battaient durant la révolution bolchevique. J’ai même écrit une version qui se passait en Afghanistan, dit Morin, alors que le Canada venait d’entrer en guerre avec le pays. Les institutions trouvaient ça trop cher. Les personnages avaient 30 ans. À l’écrit, pas de problème, mais quand je faisais jouer des acteurs de cet âge-là dans un étang et sur un cheval, ils avaient tous l’air d’être attardés. On n’y croyait pas. Le monde de Mingarelli a quelque chose de naïf. J’ai pensé donner les rôles à des enfants soldats africains. Trop compliqué. Encore là, ça m’a valu deux refus. J’ai été obligé de me rabattre sur de jeunes comédiens d’ici, à peine sortis de l’adolescence, un âge où l’amitié est importante. »

     

    Retour à la case départ. Le film allait se dérouler dans un proche lendemain, être tourné sur nos terres (Saint-Amable, plus précisément) et aborder une guerre civile indéterminée. André-Line Beauparlant, la directrice artistique, a réinventé une bicoque et des bâtiments couturés d’éléments de récupération. « Dans ce monde postapocalyptique, des objets banals deviennent des trésors, comme l’iPod du film, que tout le monde se refile. On trouve des moments magiques dans Les 4 soldats, une chaleur aussi », précise le cinéaste. Avec son monteur, Nicolas Roy, il a retiré des scènes, épuré les personnages aux rares dialogues, pour garder le huis clos. « La fin est triste et ouverte, mais un écrivain est né au bout de tout ça. »

     

    Un écrivain qui s’ignore

     

    Des libertés par rapport au roman, Morin en a prises, et plusieurs. La moindre n’étant pas de faire incarner un des soldats par une actrice, Camille Mongeau, prénommée ici Dominique. « Mingarelli, que je connais, m’avait donné le feu vert pour changer ce que je voulais. »

     

    Morin admet que les personnages féminins de premier plan n’encombrent pas son univers filmique, avant tout masculin. « Comme celui de Mingarelli », constate-t-il.

     

    Pour Les 4 soldats, il avait rencontré des acteurs, mais ça ne fonctionnait pas. « Dominique était très sensible, et son amitié avec Matéo semblait à l’écran avoir des connotations homosexuelles, ce qui n’était pas le cas. Avec une fille soldate, un peu androgyne, le côté maternel passait. Le film, comme le roman, est construit autour de cette Dominique, un écrivain qui s’ignore. » Il a épousé les fragments en vrac de ses souvenirs, a demandé à son directeur photo de tourner en plans-séquences, cherché une facture de maladresse collée aux tâtonnements littéraires. Les souvenirs du groupe passent par sa voix, tantôt verbalisée à l’écran, tantôt hors champ.

     

    Les acteurs du film se disent ravis d’avoir travaillé aux côtés de Morin, qu’ils croyaient inaccessible. Antoine Bertrand avoue avoir eu l’impression de jouer un personnage proche du Lennie de Des souris et des hommes, de Steinbeck, innocent qui n’appréhende jamais le pire dans un monde impossible. Camille appréciait les rares dialogues, lesquels offraient refuge aux regards, aux gestes. Christian de la Cortina aimait jouer un mâle alpha : « Un gars durci sous une carapace qu’il perd en fin de compte. » Quant à Aliocha Schneider, il s’est glissé dans la peau de son être flottant, voué au sacrifice, devenant le symbole quasi muet de ce monde en perdition.

    Le cinéaste Robert Morin entouré de ses quatre soldats: Christian de la Cortina, Antoine Bertrand, Camille Mongeau et Aliocha Schneider. Cela faisait près de dix ans que le cinéaste parlait d’adapter le roman de l’Italien Hubert Mingarelli, Prix Médicis en 2003. Le film Les 4 soldats compte des moments magiques.
     
     
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