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    Andrzej Zulawski : la métaphysique de l’absurde

    Invité d’honneur de Fantasia, le cinéaste franco-polonais a reçu un Prix d’excellence pour l’ensemble de sa carrière, jeudi soir au cinéma Impérial à Montréal

    26 juillet 2013 | François Lévesque | Cinéma
    Au cours des 12 dernières années, Andrzej Zulawski a de nouveau privilégié l'écriture, jugeant avoir fait le tour de son jardin cinématographique. Puis, encore, cette urgence créatrice.
    Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir Au cours des 12 dernières années, Andrzej Zulawski a de nouveau privilégié l'écriture, jugeant avoir fait le tour de son jardin cinématographique. Puis, encore, cette urgence créatrice.
    Andrzej Zulawski en cinq dates

    Il vient au monde en 1940 à Lwow en Pologne (rattachée désormais à l’Ukraine) au sein d’une famille de diplomates.
    Entre 1957 et 1959, il étudie à l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) à Paris.
    De 1960 à 1966, il est l’assistant du cinéaste Andrzej Wajda en Pologne.
    Après avoir été expulsé du pays à la suite du scandale provoqué par son film Le diable (1972), Andrzej Zulawski s’installe à Paris et entame sa période française avec L’important c’est d’aimer (1975), Possession (1981) et La femme publique (1984), qui mettent respectivement en vedette Romy Schneider, Isabelle Adjani et Valérie Kapriski.
    Il a divorcé de l’actrice Sophie Marceau en 2001 après l’avoir dirigée dans quatre films (L’amour braque, Mes nuits sont plus belles que vos jours, La note bleue, La fidélité).

    Désemparée, l’actrice déchue Nadine Chevalier (bouleversante Romy Schneider) supplie un jeune homme de ne pas la prendre en photo pendant une scène humiliante. « Je suis une comédienne. Je sais faire des trucs bien », plaide-t-elle en larmes. À la lumière d’une filmographie aussi singulière qu’illustre, le réalisateur du film, Andrzej Zulawski, sait lui aussi faire des trucs bien. Le Devoir l’a rencontré.

     

    Le goût du cinéma lui vient tôt, au cours d’une période trouble, comme une grâce qui éclot en plein cauchemar. « Enfant, j’ai vécu l’occupation en Pologne ; des années particulièrement cruelles et sanglantes, rappelle Andrzej Zulawski. Je sais que j’ai vu et vécu des choses qu’un enfant ne devrait pas, vraiment pas, voir ou vivre. Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, à cinq ou six ans, je n’étais pas un enfant tout à fait normal. L’existence, éphémère, comme je l’avais compris trop tôt, me semblait futile, d’une absurdité totale. […] À 15 ans, j’étais plus qu’un existentialiste : j’étais plongé dans un univers entre le sordide et la métaphysique. »

     

    C’est à cet âge, dans une salle de cinéma, qu’il se prend de fascination pour le faisceau lumineux du projecteur. « Ce n’était rien : un rai de lumière dans de la fumée - on fumait dans les cinémas, à l’époque. C’était d’une fragilité extrême, et ça ne servait à rien. C’était éphémère. » Une illustration parfaite de cette absurdité que ressentait Andrzej Zulawski par rapport à la vie. « Vers 16 ans, j’ai vécu les premiers grands chocs… C’était plus qu’artistique ; c’était beaucoup plus profond. Et ce n’était pas au théâtre, ce n’était pas lors d’une exposition, ce n’était pas en lisant un livre : c’était encore dans une salle de cinéma. »

     

    Après le choc, l’exil

     

    Ces films qui le happent sont Une fille a parlé (ou Génération) de son compatriote Andrzej Wajda, et Hamlet, de Laurence Olivier, oeuvres en apparence dissemblables, et qui pourtant traitent toutes deux de jeunesse en révolte. Dans ses propres films, Zulawski s’intéresse volontiers à des personnages en réaction contre l’autorité, en marge ou sur la brèche. C’est le cas du protagoniste de l’inclassable Le diable, sur la descente dans les tréfonds de la folie homicide d’un jeune noble pendant la Guerre austro-prussienne.

     

    Ce deuxième long métrage dans lequel figure le motif récurrent de la trahison amoureuse vaut à son auteur d’être expulsé de Pologne en 1972. Émigré en France, il assiste d’autres cinéastes à l’écriture ou à la caméra. « Je ne connaissais pas les moeurs de l’Ouest et je ne me sentais pas la légitimité d’y tourner un film qui serait juste ». L’urgence créatrice l’emporte au bout de trois ans.

     

    L’homme qui aimait les femmes

     

    Sorti en 1975, L’important c’est d’aimer relate les amours tragiques d’une actrice déchirée entre le photographe qui veut la relancer et le mari envers qui elle se sent redevable. Romy Schneider remporte le tout premier César d’interprétation féminine à être décerné. Par la suite, les héroïnes zulawskiennes se distinguent souvent dans cette catégorie.

     

    « Je ne suis pas une femme, hélas peut-être, sourit le metteur en scène. Si je faisais un film dont le héros est un homme, cet homme serait ennuyeux, car je me trouve moi-même ennuyeux. Les femmes, je ne les comprends pas, mais je les trouve passionnantes. Elles sont bien meilleures actrices que les hommes, mais on leur donne malheureusement moins souvent l’occasion de le prouver. Au cinéma, les femmes ont souvent été réduites à jouer les utilités aux côtés de héros masculins. » À l’inverse, la filmographie du cinéaste regorge de films érigés sur les fondations d’un premier rôle féminin fort.

     

    Pour La femme publique (d’après Les possédés de Dostoïevski), prix du Public au Festival de films du monde, Valérie Kaprisky reçoit une nomination aux César en 1985. Pour Maladie d’amour, réalisé par Jacques Deray, mais écrit par Zulawski, Nastassja Kinski aussi, en 1988. Pour La fidélité (une adaptation libre de La princesse de Clève de madame de La Fayette), Sophie Marceau est sacrée meilleure actrice à Cabourg. « Ce sont de grandes actrices. Je les ai juste laissées faire leur travail ! »

     

    Sans doute. Cela dit, l’exemple le plus saisissant de l’alchimie qui se manifeste entre actrice et cinéaste se trouve-t-il immortalisé dans Possession, drame sentimental, psychologique et horrifique, chef-d’oeuvre radical racontant la liaison adultère entre une femme instable et la créature qu’elle garde dissimulée dans un appartement décati. Précipitée dans l’abîme, Isabelle Adjani atteint paradoxalement des sommets, non sans heurts (elle affirme qu’elle ne referait plus un tel film). Le rôle lui vaut le César et le prix d’interprétation à Cannes.

     

    Au cours des 12 dernières années, Andrzej Zulawski a de nouveau privilégié l’écriture, jugeant avoir fait le tour de son jardin cinématographique. Puis, encore, cette urgence créatrice. En plus d’y recevoir les honneurs, le cinéaste est venu à Montréal discuter de la production de son nouveau film au Marché international de la coproduction de Fantasia. Doté d’une femme fatale, Dark Matter sera, paraît-il, un film noir… métaphysique.

     
     
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