Une bouchée d’éléphant
Devant des représentantes issues, entre autres, de grandes banques, de cabinets-conseils et de sociétés d’investissement, Carolle Brabant a soutenu, dans leur langue (« recherche et développement », « utilité marginale », « virage client », « axe résultats »), que l’industrie canadienne a le potentiel de devenir d’ici quelques années « le plus grand fournisseur indépendant de produits audiovisuels au monde ». Donnant en exemple le succès de nos films au cours des dernières années, et dont les ventes à l’international vont croissant, celle qui fut la directrice des finances de l’organisme a décrit les réalisations et les objectifs pour y parvenir, faisant remarquer qu’il reste du chemin à parcourir pour développer à son plein potentiel le sens de l’entrepreneuriat, tant dans l’industrie qu’à Téléfilm.
Au nombre de ses réalisations, Brabant a réformé l’indice de réussite des films canadiens et calmé le jeu dans une industrie que les enveloppes à la performance avaient scindée en deux camps adverses. Évalué jusqu’à l’an passé à l’aune du box-office au pays, l’indice dont Brabant dit qu’il inspire d’autres pays est maintenant nuancé par deux autres facteurs importants : la reconnaissance par les festivals et les académies, ainsi que par les investissements obtenus de l’étranger (coproduction) et, bien entendu, du secteur privé. Brabant n’en démord pas. Notre industrie, qui a mis 40 années à atteindre la maturité, doit impérativement s’adjoindre les ressources du privé si elle veut continuer de progresser. Car, a-t-elle déclaré à une assemblée qui n’avait pas besoin d’être convaincue de la chose : « Les fonds publics sont limités ».
Évoquant la coproduction, la conquête des marchés étrangers, les nouvelles plateformes de diffusion, Carolle Brabant a conduit pas à pas son auditoire attentif vers le noeud de son intervention : le Fonds des talents, nouvelle source de financement pour la production et la promotion visant à soutenir à égalité de parts les cinéastes émergents et établis. L’objectif de Téléfilm : une dotation récurrente annuellement de cinq millions de dollars, récoltée auprès des entreprises et des particuliers. Téléfilm doit révéler en juin, au retour du Festival de Cannes, où le Québec brillera encore cette année, le statut de ce Fonds et la somme amassée jusqu’à présent.
À chaque occasion qui lui est donnée, et qui lui sera donnée dans l’avenir, Carolle Brabant fera tout en son pouvoir pour convaincre le privé de s’impliquer dans la production, soutenant à demi-mot que la philanthropie au présent pourrait être garante de leur profit futur. On n’en attend pas moins de la part d’une dirigeante culturelle inspirée, dont la devise est : « Un éléphant, ça se mange une bouchée à la fois. »







