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Mira Nair rattrapée par la réalité

Son dernier film, The Reluctant Fundamentalist, aborde l’intégrisme religieux et la terreur du terrorisme

11 mai 2013 | André Lavoie | Cinéma
Mira Nair s’est fait connaître avec Salaam Bombay (1988) et refuse depuis cette époque d’être cantonnée dans un genre, passant du documentaire à la fiction, de la comédie au drame.
Photo : Agence France-Presse Gabriel Bouys Mira Nair s’est fait connaître avec Salaam Bombay (1988) et refuse depuis cette époque d’être cantonnée dans un genre, passant du documentaire à la fiction, de la comédie au drame.
«George W. Bush a fait beaucoup de ravages en disant “ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous”. Tout cela crée un monologue, certainement pas un dialogue.»
— Mira Nair, réalisatrice
Certaines coïncidences sont parfois troublantes. Quelques jours après les attentats survenus lors du marathon de Boston le 15 avril dernier, la cinéaste indienne Mira Nair était au bout du fil pour causer de son dernier film, The Reluctant Fundamentalist, une adaptation d’un roman à succès de Moshin Hamid, à l’affiche vendredi à Montréal. Elle y aborde les délicates questions de l’intégrisme religieux, des rapports entre les États-Unis et le monde musulman, et... du terrorisme. Notre conversation, chaleureuse d’un bout à l’autre, n’en était pas moins teintée par ces événements, qu’elle tenait toutefois à mettre en perspective.

Celle qui s’est fait connaître sur la planète cinéma avec Salaam Bombay (1988), et qui refuse depuis cette époque d’être cantonnée dans un genre, passant du documentaire à la fiction, de la comédie (Monsoon Wedding) au drame (Mississippi Masala, The Namesake), voulait partager ses émotions suscitées par cette tragédie. Il faut savoir qu’en bonne citoyenne du monde, Mira Nair a étudié à l’Université Harvard et que, à deux pas, un drame se déroulait dans une ville qu’elle connaît parfaitement, et qu’elle adore. Mais pas question pour elle d’afficher une indignation à géométrie variable. « La terreur a débarqué à Boston comme dans tant d’autres villes, et ce, tous les jours, précise la cinéaste. Il ne faut jamais oublier que la souffrance s’est aussi mondialisée, malheureusement. Ça s’est passé près de chez nous, alors on y pense… Mais au Pakistan, il y a une dizaine de jours, un drone américain a tué près d’une vingtaine d’enfants, sans faire les manchettes. Tout cela devient une sorte de “routine tragique”. »


Ses propos, choquants aux yeux de certains, sont tout à fait cohérents avec les enjeux dramatiques tels qu’illustrés dans The Reluctant Fundamentalist, le récit d’un jeune et brillant Pakistanais (Riz Ahmed), financier plein d’avenir à Wall Street mais dont le rêve américain va s’écrouler en même temps que les tours du World Trade Center. Dix ans plus tard, à Lahore, ses idées, bien différentes de celles qu’il défendait lorsqu’il était étudiant à Princeton, vont modifier le cours de sa vie au contact d’un journaliste américain (Liev Schreiber).


Dans son dernier film comme partout ailleurs, Mira Nair tient à nous mettre en garde contre les apparences. « Je veux mettre en question la manière dont nous jugeons les autres, précise-t-elle. On présente trop souvent les choses de façon réductrice. Notre ignorance provoque une suspicion généralisée. George W. Bush a fait beaucoup de ravages en disant “Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous”. Tout cela crée un monologue, certainement pas un dialogue. » Elle compare d’ailleurs sa démarche à celle d’un équilibriste sur une corde raide, voulant « envelopper les choses de mystères et d’énigmes ».


Une autre ambition était d’opposer « le fondamentalisme de la terreur au fondamentalisme de l’argent ». Or, pour faire son cinéma, tourner dans trois pays, dont la Turquie, et avec une distribution flamboyante (qui comprend aussi Om Puri, Kate Hudson et Kiefer Sutherland), de l’argent, il en faut. « Je n’ai jamais eu autant de mal à trouver du financement depuis Salaam Bombay, dit-elle en riant (un peu). Le sujet était si délicat qu’il a fait fuir la majorité des investisseurs. » Certains sont toutefois restés à ses côtés, lui permettant de composer une distribution de rôles idéale, une étape « où [elle se] fie beaucoup à [son] instinct tout en prenant en considération l’aspect commercial du cinéma ».


Déjà prête pour de nouvelles aventures dans d’autres pays, a-t-elle finalement attrapé la piqûre du thriller? « Vous le savez, je n’aime pas faire deux fois la même chose. Par contre, j’adore l’adrénaline du risque. Faire un film, ça demande du temps, de l’argent, des sacrifices. C’est un privilège, mais il faut que ça en vaille la peine ! »



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