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Une semblable solitude

11 mai 2013 | Martin Bilodeau | Cinéma
Anne, dans les rues de Paris
Photo : FunFilms Anne, dans les rues de Paris

Une Estonienne à Paris

D’Ilmar Raag. Avec Laine Mägi, Jeanne Moreau, Patrick Pineau, François Beukelaers. Scénario : Ilmar Raag, Agnès Feuvre, Lise Macheboeuf. Image : Laurent Brunet. Montage : Anne-Laure Guégan. Musique : Dez Mona. France, Estonie, Belgique, 2012, 94 minutes.

Frida et Anne n’ont rien en commun, sinon une origine : l’Estonie, pays nordique maintenant détaché du bloc soviétique. La première (Jeanne Moreau) l’a quittée avant la Deuxième Guerre mondiale tandis que la seconde (Laine Mägi) l’abandonne pour la première fois lorsque s’amorce, au XXIe siècle, l’histoire de leur rencontre, à Paris, dans l’appartement luxueux de Frida, vieille dame un peu indigne, un peu Tatie Danielle, chez qui Anne, divorcée timide parlant un français approximatif, est venue travailler comme aide à domicile. Ou chien de garde, parce que la vieille veuve manipulatrice avale des cachets lorsque son ancien jeune amant (Patrick Pineau), devenu grâce à elle le propriétaire entre deux âges d’un café du quartier, néglige de lui rendre visite.

Elle, l’autre, lui, et les rues de Paris, montrées à travers le regard émerveillé d’Anne, c’est tout ce qu’on trouve à l’horizon de ce film. C’est du reste tout ce qu’il faut au cinéaste estonien Ilmar Raag pour composer sa musique de chambre sur les thèmes de l’exil, de la vieillesse solitaire et des occasions inégalement distribuées, inspirée par l’histoire de sa propre mère. L’intrigue minimaliste et monotone, fondée sur la dualité psychologique des deux héroïnes, avance par l’addition quasi subliminale de micro-événements, qui d’abord soudent les deux femmes par devoir l’une à l’autre, avant de s’enfoncer, en douceur, sur le terrain de l’affection et de la reconnaissance : d’une origine commune, mais, plus encore, d’une solitude semblable.


Dans un film qui eût marché plus droit - la mise en scène manque un peu de tonus et de direction - dans les mains d’un Claude Sautet, dont on sent ici l’influence, Moreau s’offre à 85 ans un rôle qui n’aurait pas déplu à la regrettée Simone Signoret au soir de sa vie. Sa perfidie de surface, assortie à sa richesse matérielle dont la source n’est jamais dévoilée, masque une terrible solitude que l’autre vient partiellement combler. Plus en creux, en nuance, en vulnérabilité, Laine Mägi, qui a remporté à Locarno le prix de la meilleure actrice pour ce rôle, apporte au film sa grâce discrète. Timide mais pas intimidée, Anne est une femme de devoir, qui a tiré bien des ivrognes du sol. Frida, c’est en quelque sorte sa tour Eiffel sans ascenseur. Même à pied, on peut atteindre le sommet.
 

 
 
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