L’ONF veut redéfinir l’espace public du XXIe siècle
Il est en avance sur son temps et il compte bien le rester. L’Office national du film (ONF) souhaite d’ici les cinq prochaines années devenir le « chef de file » international de la dématérialisation des contenus culturels, et ce, « dans le domaine de la production et la postproduction » de films, d’animations, de documentaires et même d’installations artistiques, lorsque le contenu le justifie.
Plus ambitieux encore, l’organisme fédéral compte s’imposer comme un des moteurs de la redéfinition de l’espace public et des nouveaux lieux de l’engagement du XXIe siècle, tout en alimentant et en nourrissant le débat et la réflexion théorique sur les nouveaux enjeux culturels canadiens, à l’ère du numérique, et les nouveaux vecteurs de diffusion de cette culture. Et son plan stratégique pour 2013-2018 rendu public mercredi met des mots sur toutes ces intentions.
Présenté comme « une vision, un plan, un manifeste », ce document d’orientation réaffirme sur 35 pages la profession de foi de l’ONF en les mutations sociotechnologiques en cours et en l’interactivité qui, depuis cinq ans déjà, a guidé l’institution dans la création d’une dizaine de Web-documentaires d’envergure, dont plusieurs ont été remarqués sur la scène internationale. Le 30 avril dernier, l’ONF a poursuivi dans sa lancée en jetant les bases d’un système international de diffusion en ligne, par abonnement, dédié à 100 % aux documentaires, sorte de Netflix, multilingue, développé au Canada, pour valoriser ce genre cinématographique, négligé par ses alliers traditionnels.
Pour l’ONF, le présent traverse « une période où les institutions culturelles publiques sont largement contestées, expose-t-il dans son plan stratégique. Les nouvelles façons de réfléchir à l’espace public et à l’utilité publique déclencheront un élan dynamique d’énergie créatrice et d’innovation. L’ONF conduira ce débat, car il est en mesure de le faire. »
Exploration
Dans ce contexte, l’Office veut jouer encore et toujours son rôle d’agent de transformation sociale, de témoin du présent, d’incubateur de talent et d’idées neuves, mais souhaite le faire davantage par les « portails Web », les « applications mobiles » tout comme par la création d’oeuvres originales censées « redéfinir la nature et la vocation de la sphère publique ». L’ONF propose même d’explorer et d’élaborer de « nouveaux modèles économiques » censés lui permettre d’inscrire sa pratique et sa tradition dans le XXIe siècle.
Tout en s’engageant à « produire des documentaires d’opinion avec plus d’énergie et d’esprit critique, de manière à établir une identité distincte et forte pour ses documentaires », l’ONF ne veut toutefois pas en rester là. « Le milieu de l’audiovisuel a besoin de forums où il est possible de conceptualiser et de théoriser la nature et l’impact des nouveaux modes de création, d’aller au-delà des impératifs de la production pour réfléchir aux fondements philosophiques du travail que nous faisons », peut-on lire. Un besoin que l’institution fédérale se propose de combler, en créant des sites dédiés à cette réflexion, mais aussi en poursuivant sa série de conférences dématérialisées, sur le modèle des conférences TED, sur toutes ces mutations dans lesquelles l’ONF veut trouver sa place dans les cinq prochaines années, comme pour mieux éviter de les regarder passer au loin.
***
«L’esprit cosmique canadien»
Le précurseur est encore un rêveur. Même si, avec son application ONF.ca, l’Office national du film a été l’un des premiers à investir le marché de la vidéo sur iPhone en 2009, l’organisme fédéral aime toujours et encore se promener entre pragmatisme et rêverie.
Le plan stratégique dévoilé mercredi en témoigne en évoquant le besoin de « repousser les horizons de signification », mais aussi en parlant de son nouveau portail Web, qui va être « fondé sur les prémisses que l’univers numérique est un organisme vivant dont l’existence dépend de l’interaction constante avec l’auditoire ».
Ce sera, ajoute l’ONF, « une sorte de spiritus mundi, d’esprit cosmique canadien, une expérience vivante et palpitante qui grandit et évolue au fil des humeurs, des pensées, des émotions, des intuitions et des connaissances de l’auditoire ».







