Les salauds sont parmi nous
Greedy Lying Bastards
Réalisation : Craig Scott Rosebraugh. Scénario : Patrick Gambuti Jr., Craig Scott Rosebraugh. Image : Carl Bartels. Montage : Patrick Gambuti Jr. Musique : Michael Brook. États-Unis, 2012, 90 min.
Le documentaire à saveur écologique constitue un genre en soi, et l’on ne compte plus les productions alarmistes sur la dégradation avancée de notre planète. À ce jour, An Inconvenient Truth, mettant en vedette l’ancien vice-président démocrate Al Gore, constitue un modèle du genre.
Craig Scott Rosebraugh marche dans ses pas dans Greedy Lying Bastards, proposant un pari ambitieux mais pas totalement abouti. Comme pour tant d’autres avant lui, et pratiquement toute la communauté scientifique internationale, les changements climatiques représentent un phénomène d’une ampleur insoupçonnée faisant peser sur l’humanité une menace réelle, et sans doute irréversible.
Ce constat, il l’expose en pêchant dans un océan d’images d’inondations, de tornades et de sécheresses qui modifient le paysage des États-Unis, détruisant également les mirages du rêve américain. À l’écoute des victimes d’un incendie ayant ravagé une banlieue chic et paisible du Colorado en juin 2012, ces personnages deviennent, bien malgré eux, les porte-étendard de la nouvelle donne climatique.
Cet exposé, un peu trop long étant donné la somme d’informations que les spectateurs ont déjà assimilées ailleurs - son public consciencieux ne se recrute pas chez les fidèles de Fox News -, cède la place à un enjeu que l’on aurait souhaité plus étoffé. Pourquoi des voix s’élèvent-elles encore pour remettre en question l’expertise des spécialistes, toujours prêts à douter de l’authenticité des tableaux qui illustrent l’augmentation de la température, la diminution des précipitations, l’amincissement de la calotte glacière ?
Là encore, la réponse est connue : l’industrie pétrolière. Leurs tentacules sont gigantesques et le cinéaste épingle surtout ceux de Koch Brothers, graissant généreusement la patte de porte-parole sans formation scientifique mais capables de répéter des mensonges ad nauseam pour les transformer en vérités. Ces soldats de l’opinion publique grouillent dans les officines de Washington, envahissent le petit écran, réclament audience dans les consultations publiques et prennent la tête de comités citoyens totalement bidon, financés par ces mêmes multinationales.
Sans surprise, les patrons de ces empires refusent de se justifier, ce qui nous vaut quelques petits stratagèmes amusants à la Michael Moore. Ceux qui ont l’habitude d’aller au front ne se font pas prier, dont « lord » Christopher Monckton, l’incarnation vivante de la mauvaise foi. Les salauds sont résolument parmi nous mais, pour les convertis, à qui Craig Scott Rosebraugh s’adresse, il n’y a vraiment rien de nouveau sous ce soleil de plomb.
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