Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

La source asséchée

27 avril 2013 | Odile Tremblay | Cinéma

To the Wonder

Réalisation et scénario : Terrence Malick. Avec Olga Kurylenko, Ben Affleck, Rachel McAdams, Javier Bardem, Romina Mondello. Image : Emmanuel Lubezki. Musique : Hanan Townshend. Montage : A. J. Edwards, Keith Fraase, Shane Hazen, Christopher Roldan, Mark Yoshikawa. 113 min.

Terrence Malick, le cinéaste philosophe américain habituellement si inspiré, si rare aussi, qui a livré des oeuvres où la beauté, la tragédie et la transcendance se répondaient, le mystérieux maître d’oeuvre de Days of Heaven, de The Thin Red Line et du très ambitieux Tree of Life palmé d’or à Cannes, tourne ici à vide. Il le fait avec les mêmes ingrédients qui ont façonné son style : voix hors champ, fascination pour la beauté de la nature à travers des herbes ensoleillées sous le vent, quête existentielle, mise en scène impressionniste. Mais la poésie et la profondeur manquent à l’appel. Au point où il semble s’être parodié lui-même, sa source asséchée ou si loin de son sujet que le dérisoire destin des hommes n’y intéresse plus personne.


Dans cette histoire simplissime d’un amour qui croît, s’effiloche, rompt, se rabiboche et se dissout, un Américain à Paris (Ben Affleck), sa flamme (le mannequin français d’origine russe Olga Kurylenko) et la fille qu’elle eut dans sa prime jeunesse (Tatiana Chiline) dansent une valse à trois, bientôt à deux avec départ impromptu de l’adolescente, vite oubliée. Malgré la présence d’une autre amante (Rachel McAdams), en quelques scènes moins artificielles que celles qui unissent le couple officiel.


Ce sont vraiment les yeux que le cinéaste pose sur ses personnages qui causent problème. La technique n’est pas en cause, même si la caméra de Lubezki s’envole dans la pluie, le ciel et les rideaux flottant au vent sans éviter les autocitations à The Tree of Life, mais souvent magnifiques. Inspirée, aussi, la musique de Hannan Townshende. Tout s’est joué et perdu au montage à plusieurs mains. Dans ce qui est resté du tournage sans fin, Olga Kurylenko se voit réduite à des puérils jeux d’agaceries, à de petits sauts de chaton, ou est filmée pour sa seule joliesse, sans traquer son intériorité. Malick, qui avait su capter l’âme de Jessica Chastain dans The Tree of Life, de Sissy Spacek dans Badlands, de Brooke Adams dans Days of Heaven, lance sa ligne en surface. Quant au pauvre Ben Affleck, qui n’a pas dix répliques, filmé de dos, de menton, ou de carrure, sa prestation glacée tient du cauchemar de l’acteur en distanciation figée.


Malick oppose deux mondes : le charme européen, avec Paris joliment filmé et le mont Saint-Michel réduit à une image de carte postale, à la banlieue américaine d’Oklahoma où de grosses maisons sans âme font face à des surfaces encore vierges (à la Days of Heaven). Oui, il y a des moments de grâce, quand la nature parle, mais on voit les ficelles. Les élans retombent.


Dans The Tree of Life, Malick se plaçait à hauteur d’univers. Ici, sa spiritualité tient du cri de détresse à une divinité aveugle, à travers la présence d’un prêtre hanté par le doute (Javier Bardem, oscillant entre le ridicule et le sublime). La ligne scénaristique s’est égarée en route, avec les nuages qui passent en haut, fugitifs, eux qui s’étaient voulus témoins d’éternité.

Ben Affleck et Rachel McAdams dans To the Wonder
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel