Petite boum
Du vent dans mes mollets
De Carine Tardieu. Avec Agnès Jaoui, Juliette Gombert, Denis Podalydès, Isabelle Carré, Anna Lemarchand, Isabella Rossellini. Scénario : Carine Tardieu, Raphaële Moussafir, d’après son roman. Image : Antoine Monod. Montage : Reynald Bertrand, Nathalie Hubert, Sylvie Landra. Musique : Éric Slabiak. France, 2012, 89 minutes.
Du vent dans mes mollets compte deux héroïnes au miroir, d’égale importance dans le récit. D’abord Rachel, une enfant singulière et solitaire, qui dort avec son cartable sur le dos, campée avec un naturel sidérant par la petite Juliette Gombert. Puis Colette, sa mère d’origine tunisienne (Agnès Jaoui, toujours juste), enveloppée et oppressante, négligée par son mari (Denis Podalydès) et qui fait voir sa fille à une psychologue (Isabella Rossellini) dont elle-même aurait besoin pour soigner ses blessures d’enfance ravivées par la présence chez elle de sa propre mère (Judith Magre).
Film sur l’enfance - celle qu’on vit et celle qu’on garde en nous durant toute notre vie - ainsi que sur les névroses transmises par les parents à leur progéniture, Du vent dans mes mollets tient par moments de l’exercice freudien. S’inspirant de la bande dessinée et du roman de la coscénariste Raphaële Moussafir, Carine Tardieu (La tête de maman) n’a pas d’entrée de jeu la main légère. La représentation, qui se veut bédéesque et fantaisiste, frôle par moments la caricature et le livre à colorier.
Le film trouve son équilibre, ainsi que son ton doux-amer un brin hyperréaliste, lorsque son récit s’ouvre sur l’extérieur : Rachel se lie à l’école avec une enfant espiègle (Anna Lemarchand) qui lui ouvre les yeux sur les réalités de la vie et la mère se brise en voyant son mari attiré par une maman plus jeune et jolie (Isabelle Carré). Les enjeux ainsi démultipliés produisent des appels d’air et inscrivent les personnages dans un contexte plus large, qui les nuance et les humanise.
La cinéaste nous reporte au début des années 1980. La toile de fond, presque accessoire, n’est pas très marquée sur le plan de l’image, et c’est heureux. Du vent dans mes mollets n’est pas tant un musée qu’un état d’esprit. Le devoir de mémoire passe par le climat, et surtout par la musique : Une femme avec toi de Nicole Croisille, Babooshka de Kate Bush et, plus à propos, Reality, mégatube de Richard Sanderson tiré de La boum. Cette dernière référence est d’autant plus importante que le film de Tardieu tient lui aussi du rite de passage. Et qu’on imagine bien la petite Rachel idéaliser la Sophie Marceau de la comédie sentimentale de Claude Pinoteau. Autre élément liant les deux films : comme dans La boum et les contes de fées, les conflits et les enjeux, dans Du vent dans mes mollets, se règlent d’un coup de baguette magique. Ou quelques coups de marteau, dans le cas présent. Je ne vous en dis pas plus.
Collaborateur








