Gérard Le Chêne, président au long cours
Montréal compte son lot de festivals de cinéma de niche. Trop d’ailleurs. Certains naissent et meurent, mais Vues d’Afrique impressionne par sa longévité. Contre vents et marées, son président-fondateur Gérard Le Chêne et, depuis plusieurs années, sa fille Géraldine Le Chêne à la direction poussent à sa roue. Du 26 avril au 5 mai, ce festival célèbre sa 29e édition.
Le film d’ouverture, Kinshasa Kids du Belge Marc-Henri Wajnberg, malgré quelques naïvetés et des coins tournés rond, séduit par sa caméra vivante, inspirante même, et sa truculente galerie de portraits. Place aux enfants des rues de Kinshasa avec leurs mentors, des musiciens ambulants remplis de charisme. Le cinéaste les a recrutés dans les rues en adaptant leur quotidien en fiction. La jeune Rachel Mwanza, actrice plusieurs fois primée du Rebelle de Kim Nguyen, y tient là un premier rôle.
Gérard Le Chêne précise que sa clientèle est composée d’un noyau de fidèles auquel s’ajoute le recrutement au sein de communautés culturelles. Un rally d’expositions, auprès d’une vingtaine d’organismes culturels et musées permettant de gagner un voyage (cette année en Algérie), fait aussi la promo du festival.
Le président de Vues d’Afrique, rendez-vous depuis ses débuts jumelé avec le Fespaco de Ouagadougou, affirme que le choix de films est beaucoup plus grand qu’autrefois. « On pourrait en retenir bien davantage, mais il faut se limiter. La programmation se concentre dans deux salles d’Excentris, alors on mise sur la qualité. Mais notre quartier général, Le Baobar, en face du cinéma, est idéal pour les rencontres, l’atmosphère. »
Gérard Le Chêne aime montrer des films sur l’Afrique réalisés dans divers pays, posant des regards divers sur le continent noir. « Mais nous croyons surtout beaucoup à la section Afrique Connexion : des oeuvres à petit budget, souvent des séries humoristiques, faites pour un public africain, dont on sent l’authenticité. Auparavant, les films de Nollywood (au Nigeria) avaient la cote, mais ils étaient basés sur une recette trop exploitée : violence, sexe et sorcellerie. Ils ont décliné au profit de ces productions du Burkina Faso, entre autres, réalisées fréquemment par des femmes, avec un caractère social. »
Le président de Vues d’Afrique se dit particulièrement ravi par sa soirée malienne du 2 mai avec la cinéaste Érica Pomerance, très préoccupée du rôle des femmes. Celles du Sud sont solidaires de celles du Nord, en territoire occupé sous la guerre civile, et elle viendra en témoigner. Le président apprécie aussi l’hommage du 27 avril rendu à la cinéaste franco-camerounaise Rachèle Magloire. Son film Land Rush aborde la colonisation économique de plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne.
Chose certaine, il navigue vers le 30e anniversaire, et voudrait mettre en lumière, à travers le jumelage Fespaco/Vues d’Afrique qui dure aussi depuis trois décennies, les nombreux Québécois qui travaillent au Burkina Faso, à travers des ONG ou ailleurs.
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Visionnés à Vues d’Afrique
Virgin Margarida
Du Mozambique, le film de Lucinio Azevedo est inspiré d’une histoire vraie, alors qu’en 1975, le gouvernement révolutionnaire du pays entreprit de rééduquer des prostituées dans des camps de travail en pleine brousse. Ici, une rafle inclut par erreur une jeune vierge, et les prostituées se battent pour sa libération. Le film est intéressant, tragicomique, rebondissant.
Capitaine Thomas Sankara
Le documentaire du Suisse Christophe Cupelin est instructif, nourri de documents d’archives quoique présenté de manière trop didactique. Retour sur la vie et la carrière de celui qui fut l’espoir révolutionnaire africain, dit le Che Guevara burkinabé. Porté au pouvoir par le coup d’État de 1983 au Burkina Faso, instaurant de grands changements dans son pays si pauvre, Thomas Sankara allait être renversé et tué en 1987, sans doute sur ordre de son meilleur ami, toujours au pouvoir. Les documents d’archives sont passionnants.
Les mécréants
Le film de Mohcine Besri est plus lourd, mais très révélateur du climat trouble qui s’instaure au Maroc. Le film, en grande partie huis clos, place nez à nez des jeunes barbus fondamentalistes et leurs otages, une troupe de quatre comédiens, aussi jeunes qu’eux, avec choc et rapprochement des deux mondes, moins éloignés l’un de l’autre qu’il ne le semblait au départ.








