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    Douloureux fragments d’Arménie

    20 avril 2013 |Odile Tremblay | Cinéma

    Figure d’Armen

    Réalisation : Marlene Edoyan. Image : Ashot Movsesian. Musique : Stephen de Oliveira. Montage : Jonathan Durand. 74 min.

    Ce premier documentaire fort prometteur de Marlene Edoyan, Montréalaise d’origine arménienne, porte une poésie de grande mélancolie. Périple en road-movie à travers l’Arménie et le Caucase, c’est à travers une série de témoignages que le pays s’offre en fragments douloureux. L’ombre du génocide de 1915 par les Turcs ottomans (qui en nient toujours l’existence) plane partout.


    On pense à Calendar, le film du retour aux sources en Arménie d’Atom Egoyan, réalisé en 1993, dans cette quête pour définir le peuple arménien par sa blessure, à travers des personnes restées là-bas, qui se cherchent un héritage et se heurtent au trou noir.


    Dans Figure d’Armen, c’est l’extrême pauvreté de l’Armémie, comme de ses voisins du Caucase, le Haut-Karabakh et la Géorgie, qui désole au premier chef. Certains gardent la nostalgie de l’Union soviétique, où régnait une forme d’ordre avec des possibilités de travail. Les Arméniens interviewés, mis à part des propriétaires terriens - et encore, ils en arrachent -, se sentent livrés au chaos. Les aînés attendent en vain leur pension de l’État, les enfants du pays s’exilent en Russie ou ailleurs pour travailler. Dans les pays limitrophes, en Géorgie notamment, les communautés arméniennes sont malmenées.


    Tous ces témoignages, dont celui d’une aînée qui partage des souvenirs épars du génocide, sont captés à travers les magnifiques images d’Ashot Movsesian, qui donne leur pleine lumière au paysage montueux, aux maisons délabrées, aux sourires édentés, au vieux d’un village poussant un terrible lamento, ailleurs à un vieil homme digne et courageux qui veille sur son âne. Des silences prennent le relais des mots et d’une belle musique lancinante. Cette Arménie en suspension, qui évoque sans cesse sa diaspora, qui crève de misère et d’identité bafouée par la négation de son génocide, devient le symbole douloureux des pertes immenses, mais aussi du refus têtu et admirable de disparaître.


    Les projections de Figure d’Armen, à Excentris dès le 19 avril, puis les 27 et 28 avril au Cinéma du Parc, se feront en présence de la cinéaste et d’invités qui aborderont les enjeux du film en ce 98e anniversaire du génocide arménien.

     













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