Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Cinquante ans plus tard - «La Cinémathèque a fait tellement, et avec tellement peu»

Et la présidence va à… Charles David, homme de chiffres et de cinéma

13 avril 2013 | André Lavoie | Cinéma
La Cinémathèque québécoise a été fondée en 1963.
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir La Cinémathèque québécoise a été fondée en 1963.
Ce texte fait partie d'un cahier spécial.
Un fiscaliste à la présidence du conseil d’administration de la Cinémathèque québécoise ? Un siège autrefois réservé le plus souvent à un cinéaste ou à un producteur, la chose a pu surprendre lors de la nomination de Charles David à l’hiver 2012. Son arrivée à ce poste, précipitée, s’inscrivait dans un climat de crise provoqué par le départ de la directrice générale, Yolande Racine, et son remplacement par la présidente, Iolande Cadrin-Rossignol. La crise était également financière, digne d’un film-catastrophe. Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?

La galère, Charles David la connaît mieux que personne, puisqu’il fut le trésorier de la Cinémathèque pendant au moins cinq ans avant d’accéder à la présidence. Par ailleurs, le monde du cinéma lui est familier depuis le début des années 1980, puisque cet homme de chiffres est aussi un homme de cinéma, plus près toutefois des états financiers que des plateaux de tournage.


Comment définit-il son travail au cabinet de comptables agréés Darras David ? « Quand la production d’un film va mal, ça prend un spécialiste en finances pour voir comment on peut sortir du guêpier ! », résume-t-il avec bonhomie et enthousiasme.


Ferveur


Ce ton jovial, Charles David le maintiendra tout au long de notre entretien, d’abord pour décrire sa passion pour son métier et ses bons coups dans une industrie qui ne vit pas seulement d’amour (du cinéma) et d’eau fraîche. Il affiche la même ferveur pour la Cinémathèque québécoise, cet établissement parfois mal-aimé, à la mission trop souvent incomprise. Pour le président, le mandat de la Cinémathèque est très clair et relève d’une nécessité incontestable : « Le patrimoine audiovisuel québécois représente une richesse incommensurable et il faut préserver la preuve de notre grande créativité. Ne pas voir son passé pour s’en inspirer, c’est un peu comme arrêter de se regarder dans le miroir. »


Cette noble tâche constitue un défi permanent pour un organisme auquel on a confié en 2006 le mandat de conservation et de gestion du dépôt légal des films québécois, sans compter que tout ce cinéma ne se décline plus sur pellicule, mais sur divers formats numériques, ce qui représente un grand défi de préservation et de diffusion. Tout cela retombe sur les épaules d’un organisme à but non lucratif dont le sous-financement chronique est de notoriété publique. « Depuis mon arrivée au conseil d’administration, j’ai lu des dizaines d’études qui ont été faites par mes prédécesseurs ou par des firmes comptables, et elles sont toutes arrivées à ce constat. Les gens pensent encore que nous sommes une société d’État ! », s’insurge Charles David.


Nécessaire financement


Ce changement de statut ne déplairait pas au président pour assurer l’avenir de la Cinémathèque, mais il admet que, du côté des décideurs, « on ne veut pas aller dans cette direction-là, parce que ça leur coûterait trop cher ». Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont totalement insensibles au sort de l’organisme. En pleine tourmente durant l’hiver 2012, Christine St-Pierre, alors ministre de la Culture dans l’ancien gouvernement libéral, a mis en place un comité de relance et de consolidation qui vient tout juste de pondre un premier rapport d’étape. C’est maintenant au tour du nouveau gouvernement du Parti québécois, et du ministre Maka Kotto, d’examiner de près le futur de la Cinémathèque.


Pour Charles David, il n’y a pas mille solutions pour assurer la pérennité d’un établissement qui a largement prouvé sa pertinence. « Ça prend un nouveau cadre financier, dit-il sans ambages. Le ministère commence à comprendre à quel point la tâche a augmenté, surtout quand on doit conserver 400 nouvelles oeuvres chaque année. Le cycle d’une production audiovisuelle va bien au-delà de son cycle d’exploitation. Il faut donc prévoir de l’argent, parce qu’un film va forcément aboutir à la Cinémathèque pour sa conservation. Qui doit payer ? C’est un grand débat. Mais c’est exactement la même chose pour les infrastructures routières. Quand on fait un kilomètre d’autoroute, il faut prévoir qu’on devra le réparer. Dans ce contexte, faut-il en ajouter un autre ? La Cinémathèque est un peu victime de notre incroyable créativité, de notre désir d’avoir des biens culturels. »


Lourde tâche


La Cinémathèque a traversé tant de tempêtes, crié si souvent famine, qu’on se demande ce qui peut bien motiver Charles David à vouloir guider ce navire à la coque fragilisée. Il entend le discours de toutes les Cassandre, mais il refuse d’abdiquer malgré la lourdeur de la tâche, celle qui représente « plusieurs centaines d’heures de bénévolat par année ».


« Si j’étais pessimiste au point de ne pas y croire, je ne serais pas là », tient-il à préciser. Pour lui, la Cinémathèque a un avenir radieux devant elle, mais cet avenir ne passe pas par le seul enthousiasme de son président, de son personnel ou de ses membres. « Le 50e anniversaire va nous permettre de renouer avec toute notre communauté, de nous rapprocher de toutes les manières et de discuter du bien-fondé de notre mission. La Cinémathèque a fait tellement, et avec tellement peu. »


Cette petite révolution est-elle pour demain ? « Je ne m’attends pas à des changements très rapides. Mais, à six mois près, ce ne sont pas de grands délais quand les enjeux sont aussi importants. »


Collaborateur

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel