Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Direction générale - Un rêve en mouvement

Avec de maigres moyens, une tâche énorme à remplir

13 avril 2013 | André Lavoie | Cinéma
La Cinémathèque québécoise célèbre cette année ses noces d’or.
Photo : François Pesant Le Devoir La Cinémathèque québécoise célèbre cette année ses noces d’or.
Ce texte fait partie d'un cahier spécial.
Iolande Cadrin-Rossignol, directrice générale par intérim de la Cinémathèque québécoise depuis janvier 2012, aime bien une formule à la fois simple et éloquente pour décrire ce phare du septième art : « Un rêve en mouvement ». Or est-ce toujours un rêve de tenir les rênes d’un établissement qui, il y a un an à peine, criait à l’aide dans les pages du Devoir et remettait ouvertement en question son avenir immédiat ?

Cette cinéaste et productrice connaît l’établissement comme le fond de sa poche. Active au sein du conseil d’administration dès les années 1980 et présidente une première fois de 1985 à 1987, Iolande Cadrin-Rossignol est revenue au conseil deux décennies plus tard pour retrouver une tout autre Cinémathèque, celle qu’elle avait en partie imaginée à l’époque (soit en faire un véritable musée du cinéma), celle aussi qui n’avait nettement plus les moyens de ses ambitions et surtout de ses responsabilités.


Son passage du poste de présidente à celui de directrice générale en janvier 2012 s’est déroulé dans un contexte de crise financière et existentielle, alors qu’on prévoyait pour l’année 2013 un déficit oscillant entre 500 000 $ et 700 000 $, sans compter que les dons privés ont fondu comme neige au soleil après la débâcle économique amorcée en 2008. De là à dire que le « rêve en mouvement » s’est transformé en cauchemar, il n’y a qu’un pas, que Iolande Cadrin-Rossignol n’est absolument pas prête à franchir.


Son constat est aussi clair que nuancé : « Ça ne me surprend pas trop d’avoir des crises périodiques, parce que nous sommes en croissance de la même manière que l’industrie est en croissance. Mais nos moyens ne sont jamais indexés, tandis que la production augmente. » C’est ce phénomène, récurrent depuis l’instauration du dépôt légal des films québécois en 2006, malgré un maigre soutien gouvernemental annuel d’environ 500 000 $, qui fragilise, en partie, l’établissement.


Rayonnement international


Pour Iolande Cadrin-Rossignol, ce contexte difficile n’altère pas les nombreux acquis et le grand rayonnement international de la Cinémathèque québécoise : ses 50 ans d’existence le prouvent avec éloquence, même si cela demeure un secret bien gardé. « Nous sommes reconnus partout au pays comme à l’étranger, mais les gens ne le savent pas. Lorsqu’il était directeur, et donc à la tête d’un organisme à but non lucratif, Robert Daudelin a été président de la Fédération internationale des archives du film, formée de cinémathèques autrement plus et mieux financées que la nôtre. »


« Par les fêtes du 50e, on sent le besoin de changer la conversation à propos de la Cinémathèque, souligne la directrice. Nous faisons énormément de choses… qu’on ne célèbre jamais. Pour une fois, on va le dire ! »


Elle ne manquera pas non plus de rappeler que sa disparition, une menace plus d’une fois évoquée, serait un véritable scénario catastrophique. « Attention à ce que vous allez perdre si vous perdez la Cinémathèque. Les gens doivent le comprendre. Ça pourrait signifier le démantèlement de la collection [48 000 films et enregistrements magnétoscopiques, 29 300 affiches, 600 000 photos, 14 500 scénarios, etc.], sa répartition à gau-che et à droite. Nous sommes prêts à faire des ponts avec d’autres organismes, comme la Bibliothèque nationale du Québec ou la Régie du cinéma, mais ça ne se fera pas demain matin. »


Ce discours quelque peu pessimiste tranche avec l’atmosphère festive que la Cinémathèque veut instaurer dès le 18 avril, et tout au long de l’année, celle de ses noces d’or avec les cinéphiles du monde entier. « Réfléchir à notre avenir tout en organisant les fêtes du 50e, c’est jongler avec deux réalités extrêmement contradictoires », admet Iolande Cadrin-Rossignol.


Demain déjà


Cela ne l’empêche pas de rêver à voix haute d’une Cinémathèque 2.0, question de rendre encore plus accessibles les collections riches, variées - et parfois même secrètes ! - de l’établissement, composées à 75 % d’oeuvres québécoises et canadiennes, le reste comprenant de petits bijoux du cinéma international, dont plusieurs films d’animation, un secteur important et prestigieux de l’organisme. Cette vision 2.0 se bute toutefois sur la réalité implacable des coûts exorbitants liés aux droits d’auteur ou encore à celle du numérique, « qui ne simplifie pas du tout notre tâche !, précise la directrice. Mettre toutes nos collections sur DVD ? Ils ont une durée de vie de 20 ou 30 ans… »


Iolande Cadrin-Rossignol est encore plus convaincue de l’importance de la Cinémathèque au moment même où « le passé revient » ! Le phénomène s’observe partout. « Nous avons de plus en plus d’archives, des documents absolument incroyables et jamais vus, surtout depuis la chute du mur de Berlin. L’image va devenir le moteur du retour sur le passé. Je ne doute pas que le livre va rester, mais les images vont nous stimuler davantage et propulser nos recherches. Katalin Bogyay, la présidente de l’UNESCO, disait que “ le patrimoine audiovisuel, c’est le contact le plus intuitif qu’on puisse avoir avec une autre culture et une autre civilisation ”. »


Pour maintenir ce contact et surtout l’enrichir, la Cinémathèque québécoise répond présent. Et ce, depuis 50 ans.


Collaborateur

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel