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L’à venir de Pierre Brousseau

8 mars 2013 | Martin Bilodeau | Cinéma

L’union d’Alliance Films et du géant eOne, conclue grâce à l’achat du premier par le second, serait maintenant consommée. C’est du moins ce que laisse entendre le géant du divertissement canado-britannique, qui annonçait cette semaine la formation de son amirauté, tant au large (à Toronto) que sur nos terres (à Montréal). Du même souffle, Patrick Roy, ex-président d’Alliance Vivafilm à la tête des Films Séville (le bras québécois d’eOne), rendait public le départ de son ancien patron Guy Gagnon, ainsi que celui de Pierre Brousseau, ancien vice-président d’Alliance et cofondateur de Séville.


Aimer le cinéma n’est pas un métier, du moins pas à temps complet. Mais il a été (et il le restera certainement) celui de Pierre Brousseau. Cet homme-orchestre et tête chercheuse infatigable, qui oeuvre depuis près de 50 ans dans le secteur des médias et du cinéma, demeure à ce jour un des amoureux du cinéma les plus passionnés que le Québec ait connus.


L’achat de Séville par eOne, conclu en 2007, ainsi que sa conséquence immédiate (une avalanche de films anglo-saxons relayés en sous-distribution) l’avaient isolé un peu plus sur son île habitée par la crème du cinéma d’hier et d’aujourd’hui, qu’il a défendue dans chacune de ses incarnations dans le milieu de la distribution au cours des 30 dernières années : Krysztof Kieslowski (Trois couleurs : Bleu, Blanc, Rouge), Agnès Jaoui (Le goût des autres), Alain Corneau (Tous les matins du monde), Wong Kar-wai (In the Mood for Love), sans oublier François Ozon (Huit femmes, Potiche), qu’il a fait découvrir au Québec et qu’il continue de défendre, bon cru mauvais cru, depuis presque deux décennies. Il faut rappeler qu’à titre d’acquéreur, Brousseau a développé des liens avec les créateurs au temps où c’était possible, et les a maintenus au temps où le bizness du cinéma a écarté les artistes de la conversation.


Mais le remue-ménage causé par l’achat d’Alliance par eOne l’a forcé à quitter une compagnie qui, au bénéfice de sa rivale Métropole Films, a pratiquement renoncé à distribuer le cinéma qui l’intéresse : celui des auteurs internationaux populaires, des films du milieu, du reste plus difficiles à trouver aujourd’hui qu’à l’époque où Brousseau a distribué, sous la bannière d’Alliance, Tous les matins du monde. Ce grand film populaire passerait aujourd’hui pour un film d’auteur pointu impossible à produire ou à distribuer en dehors des circuits art et essai.


En cinq décennies au cours desquelles il a touché à tout, de la production au journalisme en passant par la gérance d’artistes, Brousseau a vu la cinéphilie devenir exclusive, l’intelligence devenir suspecte, l’audace devenir controversée. Je me souviens de ses chroniques à Bon dimanche, animée par Reine Malo, dans les années 1980. C’était l’époque où la culture n’était pas un enjeu mais une évidence, même pour TVA. Sur ce plateau qui n’était pas un lieu de combat mais d’échanges, il pouvait parler d’un bouquin, d’un film, ou encore raconter la vie de Charlie Chaplin.


J’ai rarement rencontré un vendeur (c’est ce qu’il est, au fond et au sens noble) aussi convaincu de la qualité de sa marchandise, ni un individu défendre aussi férocement son intégrité et celle de son entreprise, que celle-ci fut Alliance, Behavior - qu’il avait fondée en 1997 et sur les cendres de laquelle il a créé Les Films Séville. Il m’a semoncé pour mes articles aussi souvent qu’il m’a félicité, toujours avec la même conviction et la même intégrité. Il possède, il faut le dire, un ego assez considérable. Mais en compensation, l’ego en question abrite un esprit nettement plus fin et plus vif que la moyenne, comme me le faisait remarquer cette semaine la directrice des acquisitions de Télé-Québec, Geneviève Royer, qui l’a bien connu alors qu’elle dirigeait la programmation du festival Cinémania. « Il fonce, vite, en se fiant à sa finesse », dit-elle. Mario Fortin ne connaît pas grand monde qui aime autant les films que Pierre Brousseau. Le directeur du cinéma Beaubien rappelle qu’à l’époque de Bon dimanche, « il s’emportait facilement pour convaincre le monde d’aller voir un film. Et encore il y a quelques jours à Berlin, quand je l’ai croisé, il s’enflammait en me parlant d’un film à venir… ».


Dans « à venir » il y a avenir. Celui de Pierre Brousseau réserve encore des surprises, comme il me le confirmait par courriel jeudi. De quelle nature ? Réponse en août, « pour des raisons de stratégie », dit-il.

 
 
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