Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Pas mauvais, mais…

3 novembre 2012 | Martin Bilodeau | Cinéma
<div>
	Flight, le 16e long-métrage de Robert Zemeckis, met en vedette Denzel Washington.</div>
Photo : Paramount pictures
Flight, le 16e long-métrage de Robert Zemeckis, met en vedette Denzel Washington.

Flight (Vol)

De Robert Zemeckis. Avec Denzel Washington, Kelly Reilly, Don Cheadle, Bruce Greenwood, John Goodman. Scénario : John Gatins. Image : Don Burgess. Montage : Jeremiah O’Driscoll. Musique : Alan Silvestri. États-Unis, 2012, 139 minutes.

Robert Zemeckis a toujours été un donneur de leçons. Or ses « films de jeunesse », tels Who Framed Roger Rabbit ?, Death Becomes Her et son triomphe oscarisé Forrest Gump s’accompagnaient d’un plaisir bon enfant qui a peu à peu disparu de son écran radar pour faire place à un cinéma plus grave et sentencieux (Contact, Cast Away, Polar Express) dans la continuité duquel s’inscrit son 16e long-métrage, Flight. Le fait que celui-ci mette en vedette Denzel Washington, le plus évangéliste des acteurs américains, contribue à l’impression, validée au dernier acte, que ce film, qui semble prendre fait et cause pour les marginaux et les délinquants, prêche par le contre-exemple.


Et pour alimenter davantage le malentendu et le malaise, Flight n’est pas un mauvais film. Sur les plans de la mise en scène, du montage, de la photographie, il est au contraire très solide. Zemeckis a du métier et sait tirer le maximum d’expressivité d’un plan, qu’il soit statique ou en mouvement. La séquence de l’atterrissage forcé, aussi spectaculaire que l’écrasement dans Cast Away, reste un des instants de cinéma les plus intenses de l’année. Atterrissage forcé ? Attendez que je vous raconte. Denzel joue Whip Whitaker, un pilote d’avion divorcé, père d’un garçon qu’il connaît à peine. Dans la toute première séquence, il se réveille d’une nuit de débauche éthylique et sexuelle en compagnie d’une hôtesse de l’air, et clôt le chapitre en vidant les flacons et en aspirant deux lignes blanches déjà disposées sur la table de nuit de sa chambre d’hôtel. Le spectateur, en voyant ce personnage ivrogne, drogué et diablotin, sait maintenant tout ce qu’il y a à savoir pour comprendre que sa manoeuvre courageuse, qui va l’amener moins de deux heures plus tard à sauver 98 des 102 passagers de son appareil tombé du ciel en raison d’un bris mécanique, n’est rien de moins qu’un acte d’héroïsme pur. Et que l’enquête dont il fera ensuite l’objet, sur la foi d’un examen toxicologique, n’est à l’inverse qu’une manoeuvre corporatiste visant à faire porter à ce héros national le blâme de l’incident.


La suite est un chemin de Damas où Denzel, soutenu juridiquement par un avocat délégué par son syndicat (Don Cheadle, sous-utilisé) et sur le plan personnel par une toxicomane en voie de guérison (Kelly Reilly, très juste), continue de s’enfoncer dans le tunnel alors que les questions entêtantes entêtent. Qu’est-ce que l’héroïsme ? Un héros peut-il être une mauvaise personne ?


Zemeckis oppose les manipulations de la vérité à la pureté de la raison de son personnage, puis rechante le même refrain à l’envers lorsque le scénario lui en donne la possibilité. Pour brouiller les cartes un peu plus, le film présente le dealer de drogue de Whitaker, joué par le toujours excellent John Goodman, comme un grand sage beatnik, dont chacune des apparitions est marquée par un travelling arrière au ralenti surmonté d’une musique percussive, en rupture de ton avec le reste. Curieusement, ces scènes restent les plus jouissives d’un film qui, je le répète, n’est pas mauvais. Il manque de franchise, c’est tout.


 

Collaborateur

***
 

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel