Tapis rouge et épinettes noires
Le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue présentera plusieurs premières lors de sa 31e édition
Premières québécoises
Histoire d’un fils qui refuse l’héritage de son père pour cause d’argent mal acquis alors que lui-même entasse quelques squelettes dans son placard moral, Tout ce que tu possèdes marque le début d’autre chose pour Bernard Émond après son éblouissante trilogie consacrée aux valeurs théologales amorcée avec La neuvaine. On a hâte de le voir.
« La programmation d’un festival fonctionne un peu comme celle d’une radio FM. On sait qu’à telle heure, il faut secouer l’auditeur. Nous, le mardi-mercredi, il faut ragaillardir notre public. » De la même manière, il importe de se quitter sur une note agréable, à la fois légère et intelligente. Film de clôture, la comédie Le prénom est l’adaptation cinématographique par ses auteurs Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte de leur pièce à succès (présentée à Juste pour rire cet été). Un souper entre amis, l’annonce d’une grossesse, puis celle du prénom du futur bébé : Adolphe. Et les masques de tomber à mesure que la soirée tourne en eau de boudin. Patrick Bruel et Charles Berling sont les têtes d’affiche de cette comédie présentant grosso modo la même structure que Le dieu du carnage de Yasmina Reza. On verra.
Auparavant, les cinéphiles abitibiens pourront voir, avant ceux de la métropole, Les saveurs du palais, une comédie dramatique de Christian Vincent (La discrète). Le film est librement inspiré de la vie de Danièle Mazet-Delpeuch, première femme chef des cuisines de l’Élysée sous Mitterrand. La merveilleuse Catherine Frot (Un air de famille, La dilettante) incarne Hortense Laborie, une cuisinière du Périgord dont les plats traditionnels font les délices du président, au grand dam des toques masculines. « J’ai adoré ce film, assure Jacques Matte. C’est un détour inusité dans les coulisses du pouvoir. » Recommandé, donc.
Sans oublier Les adoptés, première réalisation de la comédienne Mélanie Laurent (Inglourious Basterds, The Beginners), qui relate les émois petits et grands d’un clan de femmes confrontées au nouvel amour de l’une et à la maladie d’une autre. On veut voir.
Premières mondiales
Cinéaste mal-aimé s’il en fut, Jean-Claude Lord (Bingo, Parlez-nous d’amour, Lance et compte) a délaissé la télévision et la fiction le temps d’un documentaire coup-de-poing intitulé Criminelles, dont les protagonistes sont des travailleuses du sexe qui exercent leur métier par choix. « C’est un son de cloche différent. On donne notamment la parole à l’organisme Stella. Les intervenantes sont éloquentes. Plusieurs seront présentes pour discuter avec les spectateurs après la projection. » On est curieux.
Après une première proposition convaincante, Snow and Ashes, le jeune réalisateur Charles-Olivier Michaud est de retour avec Exile, le récit initiatique d’un gamin haïtien qui, à la suite de l’emprisonnement de son père journaliste, entre illégalement aux États-Unis dans l’espoir de retrouver une mère idéalisée qu’il croyait morte. Ponctué de rencontres avec différents exclus et marginaux, son périple le mènera jusqu’à Montréal. « Je suis impatient que les gens découvrent ce film-là. » On l’est également.
Un hommage mérité
À moins qu’il ne s’agisse d’une mégaproduction hollywoodienne, en règle générale, pour qu’un film trouve son public, il faut qu’on en parle. À une époque où tout un chacun peut s’improviser critique de cinéma, il fait bon s’arrêter un moment et examiner le parcours d’un authentique passionné du septième art. Celui du journaliste Jean-Pierre Tadros est exemplaire et inspirant. Des hommages lui seront rendus afin de célébrer ses 40 années de métier.
« Du temps qu’il était au Devoir, Jean-Pierre est l’un des premiers journalistes à s’être intéressés à nous. Il est venu couvrir le festival avant tout le monde. Au fil des ans, j’ai été invité dans bien des événements culturels, et souvent Jean-Pierre était le seul “ kodak ” présent pour rapporter la nouvelle. Son site CTVM info est un incontournable pour les professionnels. Quand on a fait savoir au milieu qu’on souhaitait l’honorer, la réaction a généralement été : “ Ben oui ! Pourquoi on n’y a pas pensé avant ? ” D’après moi, c’est parce que Jean-Pierre ne met pas son ego dans son travail. Il ne se contente pas de couvrir les soirées tapis rouge, au contraire. Il se déplace aussi pour des soirées sans tapis », lance en rigolant Jacques Matte. Gageons qu’on en déroulera un pour monsieur Tadros.
Collaborateur








