Usines à fantasmes
Stanley Kubrick et Alfred Hitchcock sont à eux seuls des usines à fantasmes et des sources intarissables d’obsessions cinémaniaques. En fait foi Room 237, un fascinant documentaire vu à Toronto, qui sera présenté aux Rencontres internationales du documentaire (7-18 novembre). Le documentariste Ridney Ascher enquête sur les signes et sens cachés contenus dans The Shining, de l’avis de cinévores obsédés par ce classique du cinéma fantastique inspiré du roman de Stephen King et sorti en 1980. L’une y voit une extrapolation de la légende de Thésée et le Minotaure ; un autre, une dénonciation subliminale du génocide amérindien aux États-Unis ; un autre, la confession métaphorique de Kubrick reconnaissant son implication dans la « mise en scène de l’alunissage » orchestrée par la NASA en 1969. Vous avez bien lu. Nous avons affaire ici à des individus de la trempe de Fox Mulder qui se repassent le film depuis 30 ans, parfois image par image, l’un d’eux l’ayant même fait défiler à l’envers, dans l’espoir (récompensé, êtes-vous surpris ?) d’y déceler des sens inédits qui accréditent leur thèse.
Ces hurluberlus pas si fous que ça (certaines de leurs observations sont très éclairantes) n’apparaissent jamais à l’écran. Leurs témoignages patients et continus nous sont joués en voice-over, de façon quasi incantatoire, en superposition aux images du film qui s’y rapportent, elles aussi rejouées et rejouées de façon à provoquer chez le spectateur un état d’hypnose. Room 237 devient ainsi, comme The Shining dont il est le mirage, un écran dans lequel le spectateur projette ses propres névroses et obsessions. Quel plus bel hommage peut-on faire à un film ?
Presque simultanément à la projection de Room 237 aux RIDM, Anthony Hopkins nous apparaîtra dans le rôle-titre de Hitchcock, un film centré sur la relation du grand Alfred avec son épouse Alma (Helen Mirren), à la lumière du tournage d’un de ses films les plus marquants, Psycho. Les bonnes idées émergeant souvent en lot de deux, la chaîne américaine HBO diffusait dimanche dernier The Girl, un téléfilm coproduit avec la BBC racontant l’obsession irrépressible de ce cher Hitch (joué par Toby Jones) envers sa dernière muse glacée, Tippi Hedren (bien défendue par Sienna Miller), sous les regards impuissants d’Alma (Imelda Staunton) et de sa secrétaire (Penelope Wilton). Hélas, le miracle espéré n’est pas au rendez-vous. La mise en scène générique de Julian Jarrold (Kinky Boots, Becoming Jane) ne fait jamais lever le scénario. Fidèle au point de vue de l’actrice maltraitée sur le plateau de The Birds et de Marnie pour avoir refusé les avances du maître, le cinéaste fait passer ce dernier pour un vieux pervers sans génie, juke-box de sarcasmes qui semble continuellement en train d’animer Alfred Hitchcock Presents. Qu’est-ce que le cinéaste voyait de si particulier en Tippi Hedren ? Pourquoi cette obsession pour elle et de quelle façon celle-ci se comparait-elle (ou pas) à celle qui l’avait liée artistiquement à Ingrid Bergman et Grace Kelly ? Ce The Girl anecdotique reste muet sur la question. Continuons d’être obsédés jusqu’à ce qu’on obtienne la réponse.
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Je vous parlais la semaine dernière de mon inquiétude au sujet du dumping hallucinant de films sur nos écrans, sans coordination ni gros bon sens. Ça se poursuit cette semaine avec 13 autres sorties, pour un total de 27 sorties en deux semaines, à peu près l’équivalent d’un mois normal. Cette dérive incontrôlée de la distribution en salle a provoqué la semaine dernière la débâche prévisible : Vous n’avez encore rien vu, d’Alain Resnais, se retrouve en 29e position au palmarès de Cinéac, suivi de Stories We Tell (30e), du Jour des corneilles (31e), de L’oeil de l’astronome (36e) et de The Paperboy (37e). S’ils ont mordu la poussière, c’est aussi parce que ces cinq films de qualité se sont torpillés les uns les autres en divisant l’attention du public et des médias. « Pour la diversité, contre la sottise », c’est là ma nouvelle devise.








