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Le malentendu

13 octobre 2012 | Martin Bilodeau | Cinéma
Brandon Cronenberg, fils de l’autre, reprend le flambeau de son père en se lançant avec Antiviral, un film de science-fiction.
Photo : Alliance Films Brandon Cronenberg, fils de l’autre, reprend le flambeau de son père en se lançant avec Antiviral, un film de science-fiction.

Antiviral

Écrit et réalisé par Brandon Cronenberg. Avec Caleb Landry Jones, Sarah Gadon, Malcolm McDowell, Douglas Smith, Nicholas Campbell. Image : Karim Hussain.
Montage : Matthew Hannam. Musique : E. C. Woodley. Canada, 2012, 108 minutes.

Faire un film qui critique l’obsession de la célébrité en reproduisant le style et les tics de son père célèbre, voilà qui tue un message. Sur la foi de la réputation du grand David Cronenberg (The Naked Lunch, A History of Violence), son fils Brandon aura été en 2012 l’inconnu le plus célèbre de la planète cinéma. Et Antiviral, le malentendu artistique le plus tenace.


Il est vrai que le culte voué par les Français au père a conduit l’oeuvre du fils sur une très haute marche (Un certain regard à Cannes), créant l’illusion que nous avions affaire à un film accompli d’un cinéaste prometteur. Antiviral, sorte de déplié en accordéon d’images cérébrales accrochées à une intrigue sans pulsation contenant juste assez de matière pour un court-métrage, ne montre aucun signe de l’un ou de l’autre, hélas. Ce qu’un jury a récemment contredit en lui attribuant le prix du meilleur premier long-métrage canadien au dernier Festival international du film de Toronto. Mauvaise cuvée? Malentendu?


Syd travaille pour une clinique élégante qui injecte des virus, prélevés sur des personnalités célèbres, à des fans désireux de développer la même affliction. À l’insu de ses patrons, le jeune homme solitaire s’injecte parfois certains des échantillons les plus convoités afin de les revendre, sur le marché noir, par l’intermédiaire d’un boucher spécialisé dans la revente de chair clonée. Une fois la mise en place des enjeux et des forces en présence, Cronenberg risque un développement, impliquant une star mourante (Sarah Gadon), qui propulse le film, à la vitesse de l’escargot, jusqu’à son dénouement.


L’intrigue est clinique, le film, sous son vernis philosophique, purement technique. Le produit en somme d’un photomontage professionnel mais sans âme, centré sur un personnage atone et amorphe joué avec beaucoup de dévotion par Caleb Landry Jones. Tête rentrée dans les épaules, menton baissé, front relevé, l’acteur, enfermé dans un scaphandre invisible (pour incarner l’idée de la prison psychologique - ahhh !), n’a pas d’espace pour jouer. À sa décharge, son personnage est si peu écrit qu’il valait peut-être mieux réduire son champ d’action.


Cronenberg nous propulse dans un avenir proche où la fascination pour les gens célèbres a franchi la frontière biologique. Riche idée, mais son propos s’arrête à cet énoncé, illustré ad nauseam mais de façon attrayante, au moyen de compositions statiques étudiées surmontées d’un « room tone » (son d’ambiance) au volume décuplé, très années 80. Une époque où son père, cinéaste de films de genre atypiques et cultes (Videodrome, Scanners, etc.), portait en lui le germe du grand cinéaste qu’il est devenu.


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