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    Dans les rivières souterraines de Montréal - Retour aux sources des villes

    6 octobre 2012 |Frédérique Doyon | Cinéma
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	L’ancienne rivière Saint-Pierre, alimentée par le lac à la Loutre complètement disparu sous la gare de triage Turcot, débouchait en face de l’île des Sœurs.</div>
    Photo: Andrew Emond (Catbird Productions inc.)
    L’ancienne rivière Saint-Pierre, alimentée par le lac à la Loutre complètement disparu sous la gare de triage Turcot, débouchait en face de l’île des Sœurs.
    Sur les traces des rivières perdues de Montréal

    En marge du documentaire, l’équipe des Productions Catbird a aussi développé une application iPhone pour repérer et raconter l’histoire de cinq cours d’eau enfouis sous la métropole. Elle sera lancée à l’occasion du Festival de nouveau cinéma.

    La rivière Saint-Pierre (Côte-Saint-Luc, Notre-Dame de Grâce, Saint-Henri, Pointe-Saint-Charles)
    La rivière Saint-Martin (Mont-Royal, Westmount, Plateau-Mont-Royal, Vieux-Montréal)
    Le ruisseau Glen (Westmount)
    La petite rivière Saint-Pierre (Vieux Montréal)
    Le lac à la Loutre (au pied de la falaise Saint-Jacques)
    Une île, une ville et mille rivières. Montréal regorge de trésors riverains bien sûr, mais aussi de rivières… souterraines, littéralement ensevelies par le développement urbain. Le documentaire Rivières perdues, qui ouvre le festival Planet in Focus, à Toronto cette semaine, raconte l’histoire passée, présente et à venir des cours d’eau urbains oubliés.

    Avant de devenir la ville aux cent clochers, Montréal était déjà « une ville de ponts » tellement elle comptait de rivières et ruisseaux, souligne Katarina Soukup, des Productions Catbird, à qui on doit le documentaire. Certains connaissent déjà la petite Saint-Pierre, puisque Montréal est née sur la pointe qu’elle formait en se jetant dans le fleuve, la Pointe-à-Callières, qui a donné son nom au musée d’archéologie qui s’y dresse. Mais il y a aussi la Saint-Martin qui prenait source au mont Royal, puis traversait les quartiers d’Outremont et du Plateau pour longer, plus bas, la rue Saint-Antoine. Et la grande Saint-Pierre, alimentée par le lac à la Loutre complètement disparu sous la gare de triage Turcot, jusqu’à déboucher en face de l’île des Soeurs.


    Leur enfouissement, loin d’être propre à Montréal, découle de l’histoire urbanistique au début de l’ère victorienne, époque où les rivières et ruisseaux, pollués par l’industrialisation galopante, sont devenus dangereux d’insalubrité. La ville au temps du choléra…


    « Avec les technologies de l’époque, la solution qui se présentait était de les recouvrir », confie Caroline Bâcle, réalisatrice de Rivières perdues. Plusieurs villes industrielles, dont Montréal et Toronto, ont d’ailleurs adopté le système de canalisations (fermées et distinctes pour les eaux usées) conçu par l’ingénieur civil britannique Joseph Bazalgette, comme l’évoque le documentaire.


    « C’était intéressant de découvrir à quel point c’est une histoire commune, poursuit la réalisatrice. On a décidé de suivre l’histoire de six rivières dans cinq villes du monde qui reflètent l’évolution de notre perception des rivières dans la ville, de l’environnement naturel et urbain. »


    Car les canalisations suburbaines montrent aujourd’hui des signes de vieillissement. L’affaissement d’un pan de la rue Sainte-Catherine dû à un bris d’égout, en juin dernier, en témoigne. Inondations, refoulements : avec la préoccupation environnementale grandissante vient l’idée de redonner vie à certaines de ces rivières enfouies.


    Un retour aux sources des villes, dont la réouverture du canal de Lachine à la navigation en 2002 est un bel exemple à Montréal. Mais d’autres démarches vont beaucoup plus loin.


    Pour prévenir les inondations, Londres entend remettre 15 km de rivières à la lumière, selon un plan d’action de 2009 (voir l'évolution de la restauration). L’équipe de Mme Bâcle a notamment visité des sites le long de la Quaggy River. Et l’égout de la Tyburn, sous le centre-ville, pour documenter l’histoire industrielle des cours d’eau.


    « À Séoul, en Corée, la rivière [Cheonggyecheon] était enfouie sous une autoroute de six voies ; elle coule maintenant sur six kilomètres en plein centre-ville », raconte Mme Soukup.


    La résurrection (en cours) de la rivière Saw Mill de Yonkers, au nord du Bronx, fait partie du plan de revitalisation de l’ex-ville fantôme industrielle. À Toronto, des architectes ont proposé de redonner vie à certains segments du Garrison Creek en créant des étangs et ruisseaux le long de son ancien parcours pour réduire les refoulements d’égouts.


    « On peut parfois créer des parcs et des bassins qui agissent comme des éponges et absorbent les surplus d’eau » au lieu de créer systématiquement des bassins de rétention, note la productrice.


    Le plus hypothétique cas montréalais est défendu par l’architecte Juliette Patterson et l’urbaniste Jean Décarie : créer un étang sur le parcours de la rivière Saint-Pierre, dans le parc Gédéon-de-Catalogne, souvent inondé jusqu’à ce que l’on construise un bassin de rétention dans les années 1990.


    « Non seulement ça aide à prévenir les inondations, mais cela a un impact pour la population locale qui apprécie davantage son environnement urbain », fait valoir la réalisatrice.


    Rivières perdues s’enracine dans la superbe série de photographies Under Montreal d’Andrew Emond. Le documentaire met aussi à contribution l’oeuvre des explorateurs urbains dans la découverte de ces rivières.


    Caroline Bâcle conclut en nuançant. « Ce n’est pas un film militant. Dans certains cas, les rivières sont perdues à jamais. Pour moi, c’est un éveil à d’autres façons d’envisager des problèmes urbains. »

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	L’ancienne rivière Saint-Pierre, alimentée par le lac à la Loutre complètement disparu sous la gare de triage Turcot, débouchait en face de l’île des Sœurs.</div>
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	L’enfouissement des rivières s’est fait à une époque où, polluées par l’industrialisation, elles étaient devenues dangereuses. La ville au temps du choléra...</div>
Avant de devenir la ville aux cent clochers, Montréal était déjà « une ville de ponts » tellement elle comptait de rivières et ruisseaux. Montréal regorge de trésors riverains bien sûr, mais aussi de rivières… souterraines, littéralement ensevelies par le développement urbain.












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