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Poker face

Simon Galiero donne le coup d’envoi du 41e FNC avec La mise à l’aveugle

6 octobre 2012 | Odile Tremblay | Cinéma
Le précédent film de Simon Galiero, Nuages sur la ville, avait remporté le Grand Prix Focus en 2009.
Photo : François Pesant - Le Devoir Le précédent film de Simon Galiero, Nuages sur la ville, avait remporté le Grand Prix Focus en 2009.

Il s’avoue ravi, étonné et flatté de voir son film La mise à l’aveugle ouvrir le bal du Festival du nouveau cinéma (FNC), mercredi prochain. Ce qui offre une visibilité inespérée aux acteurs, surtout. Avec une distribution qui n’a pas misé sur les grosses têtes d’affiche (à part Julien Poulin en ex-mari bébête), son film révèle au cinéma l’étendue du talent de Micheline Bernard, comédienne surtout de théâtre et à la télé, en vedette ici. Comme il révèle celui de Louis Sincennes dans la peau de son étrange chevalier servant.


Le FNC, Simon Galiero y a déjà fait sa marque. Son précédent film, Nuages sur la ville, oeuvre chorale située dans le Québec contemporain où les repères s’écroulent, y avait remporté en 2009 le Grand Prix Focus. On devait aussi au cinéaste montréalais plusieurs courts-métrages, dont Notre prison est un royaume, primé aux Jutra. Il est un des cofondateurs du magazine en ligne Hors champ. Autodidacte et passionné de cinéma, épris de Buñuel, de Fellini mais aussi des oeuvres de Jean-Pierre Lefebvre, d’André Forcier, de Gilles Carle et d’Arthur Lamothe, ces pionniers québécois issus de l’école du direct ayant essaimé dans toutes les directions, Galiero est un jeune cinéaste qui s’abreuve à des sources anciennes.


Il aime aussi mettre en scène des êtres d’expérience. « Il est intéressant de commencer un film avec un personnage qui s’est trompé depuis longtemps, qui porte un fardeau, estime-t-il. Ça lui confère une profondeur doublée d’une fragilité. »


Nuages sur la ville, il l’avait réalisé avec les moyens du bord : 30 000 $, peu ou prou. Récolter un succès critique plutôt que public ne le dérangeait pas trop. « Cette fois, c’est différent. J’ai un budget indépendant, budget tout de même, alors je me sens redevable vis-à-vis de mon équipe. » Il aimerait bien que ses comédiens récoltent des nominations au Jutra. Micheline Bernard et Louis Sincennes le mériteraient amplement.


Dans La mise à l’aveugle - expression tirée de la mise initiale et indispensable qu’on dépose au poker avant de connaître son jeu -, une directrice financière divorcée et retraitée (Micheline Bernard) s’installe dans le quartier populaire de son enfance. Faisant la navette entre son riche milieu d’affaires et sa famille, où tous la rejettent (elle a mis la hache dans trop de postes avant de partir), Denise creuse sa niche dans un autre monde et y développe la passion du poker.


Cette passion, le cinéaste l’a longtemps partagée. « Quand on joue en amateur ou en semi-professionnel, on se retrouve avec 200 ou 400 joueurs de toutes les classes sociales et de niveaux d’intelligence divers, des rencontres riches et fécondes. »


Pour lui, Micheline Bernard est une actrice magnifique, puissante et raffinée, dotée d’une prestance, qui s’est investie totalement dans le rôle. « Ma preneuse du son me l’avait conseillée et il n’a plus été question d’une autre pour le rôle de Denise. Son personnage en est un d’ambiguïté. Elle est la figure exemplaire de la poker face. Denise la silencieuse possède une grande acuité, une intuition qui lui permet de saisir vite à qui elle a affaire. Elle pratique la dissimulation avec une grande dignité. Forte et dure : elle a un vrai profil de tragédienne. »


Simon Galiero, qui écrit ses scénarios, a voulu conserver dans celui-ci plusieurs zones d’ombre. « Devant mon équipe technique, j’évoquais une règle d’or : aider le comédien à jouer son personnage, se baser sur le sens primaire de chaque scène. »


Son film, il l’a voulu ni complètement classique ni expérimental, libre (dans un autobus, une scène plus onirique créera une envolée magique) avec une rigueur d’écriture et des personnages de mystère. « Je fais des films du milieu, selon l’expression de Pascale Ferrand. » Simon Galiero aime ses personnages, ceux qui s’expriment avec un langage populaire en particulier, les nouveaux voisins de Denise. « Ils ont du coeur et une intelligence du corps, de la voix, des lieux. »


À son avis, la ville constitue un parfait terrain de jeu pour le cinéma. « On y trouve une indifférence, une violence, un rapprochement, des contradictions que j’adore. » Il a tourné à Montréal-Nord et dans le centre-ville, opposant les deux univers. Le scénario prévoyait davantage d’incursions comiques, mais Galiero a coupé ou sacrifié des scènes. « L’aspect tragique est ressorti. En conclusion, je montre au moins qu’on a la possibilité de choisir ses liens en en déliant d’autres. »


Sa fin est abrupte. « À vous de jouer », semble-t-il nous dire.

 
 
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