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Le bal du vampire

5 octobre 2012 20h49 | André Lavoie | Cinéma

Holy Motors

Réalisation et scénario : Léos Carax. Avec Denis Lavant, Édith Scob, Eva Mendes, Kylie Minogue. Image : Yves Cape, Caroline Champetier. Montage : Nelly Quettier. France, 2012, 115 min.
Les films ennuyeux nous invitent aux pérégrinations mentales, loin de l’objet que l’on regarde ; les films irritants nous poussent à réfléchir sur la source de notre malaise, provoquant une harassante quête de sens. Le cinéma de Léos Carax (Boy Meets Girl, Les amants du Pont-Neuf) suscite chez plusieurs cette irritation, pour la simple raison que ce créateur maudit, inconstant et parfois insaisissable refuse de pratiquer un cinéma consensuel et conformiste.

Avec Holy Motors, qui marque le retour de celui qui n’avait rien tourné depuis Pola X (1999), mis à part un segment dans le film à sketches Toyko !, Carax n’a rien perdu de sa virtuosité à brouiller les pistes et à faire grincer des dents. Car ce film mettant en vedette le singulier Denis Lavant, son alter ego depuis trois décennies, raconte tout et rien à la fois, évoque divers pans de l’histoire du cinéma (dont le sien, avec l’ombre de la Samaritaine, clin d’oeil aux Amants…), semble critiquer les dérives du capitalisme, avec cette limousine sortie du Cosmopolis de David Cronenberg, et enchaîne les séquences tragicomiques comme les épisodes d’un jeu vidéo.

Toujours avec ce même abandon et ce même goût du risque, Denis Lavant porte tous les chapeaux, ici plus d’une dizaine, car son monsieur Oscar (le cinéma, encore…) aligne les rendez-vous, autant de prétextes à se transformer en vieille mémé, en clochard céleste, en père protecteur ou encore en petit truand. Toutes ces mises en scène, frisant le grotesque jusqu’à parfois y succomber (l’épisode avec Eva Mendes est plombé par de courtes répliques stupides et une symbolique religieuse outrancière), tissent la trame de cette journée particulière. Celle-ci trouve une partie de sa conclusion avec la rencontre (orchestrée ou fortuite ?) d’une ancienne flamme (Kylie Minogue, la divine diva de la pop australienne), qui semble aussi neurasthénique que la Catherine Deneuve éplorée des Parapluies de Cherbourg.


Friand d’un cinéma excessif profondément incarné dans un passé qu’il revendique tel un précieux héritage, c’est ainsi qu’il faut comprendre la présence de la gracieuse et énigmatique Edith Scob en chauffeuse de limousine. Celle-ci a « démarré » sa carrière en 1960 avec Georges Franju dans Les yeux sans visage, autre réminiscence que Carax utilise comme un totem. Mais dans quelle galère nous trimballe-t-il au juste ?


Le cinéaste exècre les voyages confortables, linéaires ou joliment sinueux. Holy Motors carbure donc à un désordre narratif qui illustre le monde dans lequel il a bien du mal à trouver sa place, à l’image de son héros à la personnalité interchangeable, le plus souvent désagréable et abrasif.


L’expérience cinématographique que constitue ce retour comblera ses farouches partisans mais ne déclassera pas le souvenir de ses oeuvres les plus accomplies. Je me range du côté de Mauvais sang, mais d'autres jurent toujours par ce grand film malade qu'est Les amants du Pont-Neuf. Holy Motors n'affiche ni la même démesure ni ce pur plaisir de faire du cinéma plutôt que de vampiriser celui d'autrefois.


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