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Cinéma - L’héritière de Norma Rae vire à droite

29 septembre 2012 | André Lavoie | Cinéma

Won’t Back Down (v.f. : On ne cédera pas)

Réalisation : Daniel Barnz. Scénario : Daniel Barnz, Brin Hill. Avec Maggie Gyllenhaal, Viola Davis, Rosie Perez, Holly Hunter. Image : Roman Osin. Montage : Kristina Boden. Musique : Marcel Zarvos. États-Unis, 2012, 121 min.

Des écoles primaires formant des cohortes d’analphabètes et de décrocheurs ; des enseignants blasés rivés à leur téléphone pendant les heures de classe ; des locaux vétustes et tristounets : le système scolaire public américain ressemble à un champ de ruines dans Won’t Back Down, de Daniel Barnz (Beastly, catégorie : à effacer d’un C.V.). Ajoutez à cela le décor industriel d’une ville dans un déclin relatif, Pittsburgh, et vous avez là réunis tous les ingrédients d’un film d’horreur.

Ce n’est pourtant pas cette trajectoire que veut emprunter Jamie (Maggie Gyllenhaal), un pétillant croisement entre Norma Rae et Erin Brockovich, une mère célibataire cumulant plus d’un petit boulot, toujours d’une énergie débordante et d’un optimisme à faire rougir les motivateurs patentés. Devant l’incapacité de sa fille dyslexique à décoder le moindre mot, son constat est clair : puisqu’elle ne peut changer de quartier, et encore moins de statut social, c’est l’école qui devra se transformer. Radicalement.


Cette petite révolution implique l’accord d’une commission scolaire hostile à ces bouleversements et l’abandon définitif de la protection syndicale au sein de l’établissement. Jamie doit alors convaincre des enseignants à bout de souffle, dont Nona (Viola Davis), elle-même désespérée devant les troubles d’apprentissage de son fils, vivant toutefois dans une opulence qui contraste avec l’environnement délabré de cette révolutionnaire en minijupe. Leur alliance improbable sera parfois mise à rude épreuve, ponctuée d’élans spontanés de solidarité et d’une inévitable affaire sentimentale (entre Jamie et un prof de musique aux allures de Latin lover).


La figure de Jamie ressemble beaucoup à toutes ces héroïnes hollywoodiennes de condition modeste que rien ne destinait à changer le monde, et la caméra agitée de Daniel Barnz nous communique sans cesse sa foi inébranlable et son amour maternel inconditionnel. Il en va autrement du personnage à la douleur contenue incarné brillamment par Viola Davis, contraste saisissant avec celui qu’interprète Maggie Gyllenhaal, bousculant au passage quelques clichés sur les clivages socioéconomiques entre les diverses communautés raciales. L’enseignante et mère éplorée est également la dépositaire des moments les plus mélodramatiques, pauses lacrymales dans un récit à l’issue évidente mais mené à un rythme d’une efficacité exemplaire.


Won’t Back Down fouette l’immobilisme du système scolaire, mais les esprits progressistes ne seront pas tous admiratifs devant la thèse de Daniel Barnz, également coscénariste, qui pointe le syndicalisme comme une des causes du malaise pédagogique. C’est sans doute là que Norma Rae voudrait se distancier de la lutte de sa camarade Jamie. Cette héroïne devrait tout de même plaire au candidat à la présidence Mitt Romney tant sa fierté inébranlable et son esprit de bagarreuse (invraisemblable, étant donné sa condition sociale et son horaire de galérienne) en font une icône, et non pas une victime, de notre époque, rarement complexée, et surtout pas d’être à droite.


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