Désalliance en vue
Laquelle, de l’équipe d’Alliance Vivafilm et de celle d’Entertainment One, sera maintenue en place ? Personne à ce stade ne le sait. Mais un intervenant du milieu me rappelait hier que, lors de l’acquisition de Famous Players par Cineplex Entertainment survenue en 2005, l’équipe de Famous avait été privilégiée en raison de son expertise jugée supérieure. Tous les scénarios seraient à envisager, tant sur le plan de la structure de la compagnie que sur celui de la politique éditoriale.
Fondée en Ontario en 1973 et préalablement dédiée à la musique indépendante, E1, dont le catalogue contiendrait 24 000 titres (films et émissions de télévision combinés), fait affaire au Québec sous l’enseigne Les Films Séville, une compagnie acquise en 2007. Alliance Films, fondée à Montréal en 1984 par les producteurs Denis Héroux et Robert Lantos (entre autres), est représentée au Québec par sa filiale Alliance Vivafilm. Les deux compagnies sont actives dans les marchés du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de l’Espagne, et cette union des forces devrait faire d’E1 « le chef de file dans la distribution mondiale de cinéma indépendant », d’après Darren Throop, président et chef de la direction d’Entertainment One.
Rappelons toutefois que le sens du terme « indépendant » a beaucoup évolué depuis son adoption dans les années 1980, où il distinguait les films produits en dehors des cinq principales majors américaines. Depuis, ce créneau a pris de l’ampleur, et plusieurs joueurs sont devenus, sur le plan économique, des majors, au même titre que les cinq que compte le club officiel. C’est le cas de E1, qui distribue sur le territoire canadien les productions de Summit Entertainment et Lionsgate, Alliance celles entre autres de Miramax et de The Weinstein Company.
À eux deux cette année, ces distributeurs auront irrigué le parc des salles du Québec avec plus de 120 longs métrages, au nombre desquels figurent Looper (qui sort aujourd’hui), The Expandables 2 et Hunger Games dans le camp d’Alliance ; dans le cas d’E1, quelques blockbusters comme The Twilight Saga -Breaking Dawn Part 1, mais aussi des oeuvres plus aventureuses telles que Moonrise Kingdom et Beasts of the Southern Wild. Des oeuvres d’auteur comme celles-ci seront-elles encore privilégiées par un géant qui désormais contrôlera 25 % de l’offre cinématographique au Québec et davantage dans le reste du Canada ? Le Bureau de la concurrence forcera-t-il E1 à se départir de certains catalogues ? Par-dessus tout, quel sera l’impact de ce gros joueur sur les petits distributeurs déjà en mal de créneaux où caser leurs films ?
Ceux-ci sont les derniers gardiens de la diversité, une valeur qui a disparu de la politique d’Alliance Vivafilm. En effet, cette compagnie a délaissé au fil des ans les acquisitions internationales et les films dits « à risque » afin d’investir dans la production et la distribution de films québécois (De père en flic, Café de Flore, Laurence Anyways, Omertà), tout en relayant chez nous des oeuvres américaines (d’Inglourious Basterds à Piranha 3DD) ou étrangères (The Artist) issues du catalogue de ses clients états-uniens. Alliance Vivafilm, telle qu’on l’a connue du temps où elle distribuait Underground de Kusturica, Marius et Jeannette de Guédiguian, The Sweet Hereafter d’Egoyan, a depuis longtemps perdu son caractère et sa pertinence. Si bien qu’acheter Alliance revient à acheter un catalogue. Et à former par la même occasion quelques alliances. Dossier à suivre…








