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Chronique d’un suicide annoncé

29 septembre 2012 | André Lavoie | Cinéma

El Huaso

Réalisation : Carlo Guillermo Proto. Scénario : Carlo Guillermo Proto, Gustavo Guillermo Proto. Image : Carlos Ferrand, Carlo Guillermo Proto, Benjamin R. Taylor. Montage : Ariel Escalante, Carlo Guillermo Proto. Musique : Mitchell Akiyama. Canada-Chili, 2011, 80 min.

La question du suicide devient toujours prioritaire lorsqu’un drame éclate au sein d’une famille, d’une école ou d’une communauté. À ce chapitre, le Québec a connu son lot de départs tragiques, provoquant bien des remords et des regrets. Certains documentaristes ont su décrire avec tact et sensibilité les conséquences de ce geste irréparable, comme Maryse Chartrand dans son émouvant Voyage d’une vie.

La démarche du cinéaste Carlo Guillermo Proto peut surprendre par sa franchise, voire son impudeur. Dans El huaso, le thème du suicide est principalement évoqué par celui qui veut mettre fin à ses jours. L’embarras grimpe d’ailleurs d’un cran devant l’homme qui en parle d’abondance, nul autre que le père de Carlo, le fier et prospère Gustavo, Torontois d’origine chilienne et propriétaire d’une compagnie de transport qu’il doit céder à sa fille et à son beau-fils.


Les raisons de ce retrait progressif sont multiples, à commencer par de fréquents trous de mémoire qui l’amènent à conclure qu’il souffre de la maladie d’Alzheimer même s’il n’a que 58 ans. Cette conviction profonde s’inscrit dans sa propre histoire familiale, hantée par l’agonie de sa mère aspirée dans ce grand trou noir, mais surtout par la mort tragique de son père alors que Gustavo n’avait que 16 ans. L’homme avait jadis opté pour le suicide, et son fils cultive cette solution comme seule possible pour mettre fin à ses propres souffrances et épargner les siens d’une misère qui jadis l’a marqué au fer rouge.


Un séjour au Chili, question de renouer avec son passé et de monter à cheval tel un cavalier libre et solitaire (ce que signifie le titre en espagnol), pourrait sans doute représenter la clé de sa survie, une tâche à laquelle son épouse et ses trois enfants s’activent avec l’énergie du désespoir. Et ce déploiement des forces nous jette dans un trouble certain mais suscite aussi l’admiration. Dans de nombreux face-à-face avec son fils cinéaste ou lors de conseils de famille au ton quasi surréaliste, l’option du suicide devient un sujet de discussion qui frôle la banalité. On comprend alors que Gustavo contemple cette idée depuis des décennies, qu’il y réfléchissait à voix haute devant sa progéniture alors toute jeune, tous visiblement marqués par les errances de ce père à la larme facile et à l’humeur instable.


Cette chronique d’un suicide annoncé apparaît souvent déstabilisante par son approche frontale d’un sujet délicat qui révèle autant les névroses d’un petit clan que les malaises de toute une société. La prospérité évidente de Gustavo ajoute à cet embarras, contraste étonnant entre son aisance matérielle et sa misère morale, allant jusqu’à traîner son petit-fils dans un salon funéraire pour apprivoiser la mort… Ce n’est d’ailleurs pas le seul moment troublant de ce documentaire qui regarde la mort en face et considère le suicide comme un poison. Ses effets morbides et indésirables tissent la trame de ce voyage au bout d’une vie de désespoir tranquille.

 

Collaborateur

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Bande-annonce de El Huaso

 
 
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