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Magma d’ego

22 septembre 2012 | Martin Bilodeau | Cinéma
Émile Schneider-Vanier est Marc-Antoine, un fils plutôt délinquant dans Après la neige, de Paul Barbeau.
Photo : Métropole Films Émile Schneider-Vanier est Marc-Antoine, un fils plutôt délinquant dans Après la neige, de Paul Barbeau.

Après la neige

Écrit et réalisé par Paul Barbeau. Avec Paul Barbeau, Émile Schneider-Vanier, Isabelle O’Brien, Benz Antoine. Image : Philippe Roy. Montage : Salvador Valdez. Musique : France Book. Québec, 2012, 74 minutes.

« Il n’y a rien de pire qu’un mauvais film d’auteur », m’avait un jour dit le réalisateur et ex-critique de cinéma Denis Côté (Les états nordiques, Curling). Cette phrase m’est remontée à la mémoire, non sans douleur, devant Après la neige, un magma d’ego très cher et personnel à son créateur Paul Barbeau. Issu du monde de la musique où il a produit de nombreux vidéoclips (notamment pour Céline Dion et Arcade Fire), celui-ci s’est réorienté vers le grand écran, où il s’est taillé une place enviable dans le cinéma québécois à titre de producteur des films de Maxime Giroux (Demain, Jo pour Jonathan), du très réussi Roméo Onze d’Ivan Grbovic, plus récemment encore du quatrième long métrage de Sébastien Rose, Avant que mon coeur bascule, à l’affiche en novembre.

Le producteur Paul Barbeau sait ce qu’il fait, et de lui on espère encore de très belles choses. À l’inverse, le scénariste et réalisateur n’en a aucune idée, comme il nous le confirme dès les premières minutes d’Après la neige. Dans la tradition thématique d’un cinéma québécois sur l’incommunicabilité et la quête du père, Barbeau raconte l’histoire d’un producteur de musique et de vidéoclips divorcé et en faillite, qui cherche à renouer contact avec son fils un brin délinquant qui refuse de le voir (Émile Schneider-Vanier), alors que son propre père (Jean Larouche) s’enfonce dans les ténèbres sous les assauts de ce qu’on suppose être la maladie d’Alzheimer. Silence à droite, silence à gauche, il tente un sauvetage personnel et familial en remontant à New York la piste d’un rappeur (Benz Antoine), idole de son fils, dans le but de tourner un film sur lui.


L’enjeu et l’intention sont hélas si mal définis, et le jeu de Barbeau, qui apparaît dans presque tous les plans, est si inexpressif, que sa quête ne produit ni attente ni suspense. Le récit sans ressorts, qui semble se limiter à un synopsis mis en images dans l’indigence par les fins de semaine, manque de carburant et omet de documenter par la fiction le phénomène socioéconomique du téléchargement illégal de la musique, qui a mis à genoux ce producteur et provoqué la débâcle dans sa vie.


Barbeau distille l’information sans s’encombrer d’explications, déambule dans l’image sans boussole, fait passer la lenteur pour de la profondeur, le silence de son personnage pour de la méditation, et prête sens et valeur de symbole à un ensemble de petits riens. Il a, malgré un maigre 74 minutes au compteur, rapidement épuisé ma patience.


 

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