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Le blues de Mike Figgis

Le grand cinéaste britannique accompagne son puissant documentaire The Co(te)Lette Film au lancement du nouveau festival Cinédanse Montréal

19 septembre 2012 | Odile Tremblay | Cinéma
Les œuvres à petit budget, le mariage des arts allument et inspirent le cinéaste Mike Figgis.
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir Les œuvres à petit budget, le mariage des arts allument et inspirent le cinéaste Mike Figgis.
Cinédanse Montréal en cinq temps

Jeudi : Mike Figgis inaugure le nouveau festival, créé à l’image de son homologue néerlandais, Cinedanse Amsterdam, pour montrer le meilleur de la danse à l’écran.
Vendredi, 17 h : Rêves de Babel fait le portrait du chorégraphe belge bien-aimé des Montréalais, Sidi Larbi Cherkaoui.
Vendredi, 19 h : Retour sur le génie de La La La Human Steps avec le percutant Human Sex duo no. 1, signé Bernard Héber, et Amelia, autrement magnifique réalisé par le chorégraphe Édouard Lock.
Samedi : From Mambo to Hip Hop, qui raconte la capacité de la danse à transcender les misères de la vie, bien loin des grands théâtres.
Dimanche : Jo Ann Endicott, interprète et complice de la grande chorégraphe allemande Pina Bausch décédée en 2009, vient présenter le superbe film Les rêves dansants sur la transmission de la pièce Kontakthof à de jeunes adolescents.

C’était la première fois que le Britannique Mike Figgis mettait les pieds à Montréal. La veille au soir, il était allé rencontrer les ratons laveurs sur la montagne. Toute une faune nocturne, qui l’a enchanté. Le cinéaste de Leaving Las Vegas et de Time Code vient inaugurer jeudi au cinéma Impérial le tout nouveau festival Cinédanse Montréal (35 films sur la danse jusqu’au 23 septembre).


Son documentaire exceptionnel The CO(te)LETTE FILM, basé sur une chorégraphie de la féministe belge Ann Van den Broek est une oeuvre d’une énergie folle, débouchant sur la transe des trois danseuses, aux performances sexualisées, violentes, libératrices. Il pouvait filmer à 360 degrés en multipliant les points de vue. « La caméra rend les images sexuelles plus puissantes, dit-il. Pas question de dépasser certaines lignes ! » Il a dansé à sa façon avec sa caméra.


C’est son troisième film sur la danse après William Forsythe ; Just Dancing Around avec le Ballet de Frankfort, et Flamenco Women. Le rythme, il comprend.


Figgis compose la musique de ses films. Il s’était inspiré de l’improvisation de Miles Davis dans Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle pour la lancinante trompette de son exceptionnel Leaving Las Vegas, qui avait valu l’Oscar à Nicolas Cage. Tout le film était un lancinant blues alcoolisé dans une ville de néons, tourné en équipe réduite : son chef-d’oeuvre.


Né en Angleterre, Mike Figgis passa son enfance dans l’Afrique coloniale au Kenya. «Pur fascisme !, résume-t-il. Quand je suis arrivé en Angleterre à huit ans, le choc culturel fut énorme.» De Newcastle, il passa ensuite à Londres, y étudia la trompette, la guitare, formant un groupe de rythm’n’blues, le Gas Board, avant de démarrer sa propre troupe de théâtre expérimental, The People Show, bientôt en tournée planétaire. Ainsi naissent les cinéastes et les hommes-orchestres.


En 1988, son premier long-métrage, Stormy Monday, mariait ses deux amours dans sa ville de Newcastle : le jazz et le film noir, avec ce qui fera sa marque, une distribution d’enfer : Melanie Griffith, Tommy Lee Jones. « Il y avait aussi Sting, qui assistait autrefois à nos shows de musique où Brian Ferry chantait. » Ce film le lança.


« Je suis très influencé par la Nouvelle Vague, dit-il, et par les films de John Cassavetes. À l’époque, le cinéma indépendant était fort partout. Encore il y a 20 ans, le cinéma innovait. Ensuite, il s’est mis à recycler. C’est pourquoi j’aime faire des films sur des danseurs. Tu ne peux réaliser une oeuvre polie avec des artistes aussi exigeants. Tu dois te mouvoir et inventer. » Il aime les interprètes vraiment professionnelles, comme Juliette Binoche, Nastassja Kinski, qu’il a mises en scène. « Mais bien des acteurs arrivent sur les plateaux sans connaître leur texte et certains techniciens sont paresseux. Je m’entends mieux avec les musiciens. C’est pourquoi j’étais si content de faire un des épisodes de la série Blues de Martin Scorsese. Je partage l’énergie, la sensibilité des musiciens. C’est mon univers. »


Mike Figgis qui vécut longtemps entre Londres et Los Angeles, a sauté de grosses productions comme Internal Affairs avec Richard Gere ou Cold Creek Manor à des oeuvres beaucoup plus intimistes telles Leaving Las Vegas, The Loss of Sexual Innocence, une sorte d’autobiographie. Également technicien de l’image, son plus expérimental Timecode (2000), avec écrans multiples et caméra numérique : quatre plans séquence d’un même moment en histoires parallèles, lui a permis d’explorer le futur. « J’ai fait 15 versions du film. Je le déconstruis pour chaque festival où il repasse. Timecode est en vie. »


Le cinéaste britannique rappelle que les studios hollywoodiens ont annoncé pour la fin 2013 les tournages sur pellicule au profit du numérique. « On trouve ça triste, étant nostalgiques d’un âge d’or du cinéma, mais techniquement c’est formidable ! »


Désormais pur Londonien, le cinéaste n’avait pas mis les pieds à Los Angeles depuis 10 ans, mais s’envole en Californie cette semaine. « Aujourd’hui, il est beaucoup plus créatif de travailler à Hollywood sur des séries télé que sur des films. J’ai fait un épisode des Sopranos, sur des scénarios brillamment écrits. Voilà le type de travail que je cherche. »


Mais hors des projets alimentaires, les oeuvres à petit budget, le mariage des arts l’allument et l’inspirent. C’est à la découverte qu’il carbure, Mike Figgis.


***


Précisons que Cinédanse Montréal, dirigé par Sylvain Bleau, frappe fort pour sa première cuvée. Outre Mike Figgis, l’interprète de Pina Bausch Jo Ann Endicott viendra présenter le beau film sur Pina Bausch Les rêves dansants d’Anne Linsel. Pour la clôture, la danseuse étoile Claude Bessy accompagnera le film qui lui rend hommage Claude Bessy : lignes d’une vie de Fabrice Herrault.

Les œuvres à petit budget, le mariage des arts allument et inspirent le cinéaste Mike Figgis.
 
 
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