Dans leurs yeux
Samsara
Réalisation et photo: Ron Fricke. Montage: R. Fricke, Mark Magidson. Musique: artistes variés. États-Unis, 2011, 102 min.
V.o.a. : Excentris.
Après l’avoir arrimée au regard impassible des statues d’hier et d’avant, le réalisateur Ron Fricke (Baraka) braque sa caméra sur un monde changeant. Dans Samsara, film de montage ambitieux, la beauté et la laideur humaines se côtoient intimement. Entre deux catastrophes naturelles, l’homme court à sa perte, fuyant sa mortalité dans les grandes religions et le consumérisme.
Transporté aux quatre coins du monde au gré d’un flot d’images superbes, sans narration ni indication, on s’immerge dans l’expérience sensorielle qui sollicite l’ouïe autant que la vue. On s’imprègne de la trame sonore tantôt nouvel âge, tantôt composite. On fait le tour des temples, des cathédrales et des mosquées. On visite des villages reculés et des mégalopoles illuminées. On observe le déroulement de rites séculaires plaqués contre des comportements plus modernes. On patiente — tant de magnificence! — même si Ron Fricke tarde à dégager un fil conducteur. Puis on en revient un peu: pour méditer, encore faut-il savoir faire le foyer.
Certains passages s’imposent, telle cette performance saisissante d’Olivier de Sagazan intitulée Transfiguration. Au gré des digressions, des bouts de réflexion affleurent, pêle-mêle: un plasticien trace au feutre une future incision sur le nez d’une patiente; on coupe à une main qui peint le visage d’une poupée, puis on se retrouve dans un entrepôt d’un autre genre de poupées, sexuelles, celles-là. Elles semblent presque vivantes. Lorsqu’apparaît en gros plan une jeune femme refaite à l’image de ces mêmes poupées censées la représenter, on croit pendant un instant qu’elle est cela, une poupée. Jadis ciselées dans la pierre, les statues d’aujourd’hui sont faites de latex…
Collaborateur








