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Les gougounes du gourou

15 septembre 2012 | André Lavoie | Cinéma
Avec Kumaré, Vikram Gandhi pose un regard critique sur tous les gourous qui pullulent aux États-Unis et en Inde, son pays d’origine.
Photo : Cinéma du Parc Avec Kumaré, Vikram Gandhi pose un regard critique sur tous les gourous qui pullulent aux États-Unis et en Inde, son pays d’origine.

Kumaré

Réalisation et scénario : Vikram Gandhi. Image : Kahlil Hudson. Montage : Adam Barton, Nathan Russell. Musique : Alex Kliment. États-Unis, 2011, 84 min.

Dans Planète yoga, un documentaire de Carlos Ferrand, des passionnés de cette discipline à la fois spirituelle et sportive expliquent avec sincérité les bienfaits liés à cette pratique. Ce ne sont pas les mêmes bienfaits pour chacun, certains y tirant un merveilleux confort physique, d’autres une posture morale apaisante.

J’ignore ce qu’ils penseraient de la démarche de Vikram Gandhi dans son documentaire tout à la fois amusant, grinçant et de plus en plus palpitant au fur et à mesure que l’heure de vérité approche. Car Kumaré, c’est le récit d’une incroyable supercherie, celle d’un Américain natif du New Jersey et issu d’une famille indienne de confession hindoue qui trouve aberrante cette démission du jugement de ses contemporains face à tous les gourous qui pullulent dans son pays, ainsi qu’en Inde, d’où il revient à la suite d’un séjour déterminant.


Bon nombre des maîtres spirituels croisés sur son chemin n’étaient que des charlatans assoiffés de profits. Par défi, il décide de devenir l’un des leurs, question de prouver (par l’absurde) que n’importe qui, ou presque, peut le suivre sur la voie de l’aberration mystique. Cheveux longs, barbe abondante, accent emprunté à sa grand-mère et flanqué d’une prof de yoga (pour la crédibilité des mouvements) ainsi que d’une relationniste (pour appâter les écoles de yoga), Vikram devient le gourou Kumaré. L’illusion, il faut bien le dire, s’avère presque parfaite.


Pour son « expérience », direction Phoenix, Arizona, là où personne ne le connaît. En l’espace de quelques mois, Kumaré va faire un véritable malheur, accrochant une bonne vingtaine de personnes suspendues à ses lèvres, reproduisant ses moindres gestes, lui confiant leurs secrets les plus intimes. De l’ancien toxicomane à la mère monoparentale obèse en passant par la jeune fille indolente ou encore la dame adepte de visualisation positive, cette faune bigarrée ne jure que par Kumaré et se transforme sous nos yeux… tout comme leur maître.


D’une simple blague habilement orchestrée, le cinéaste confesse (de sa voix sans artifice folklorique !) que le jeu prend des proportions inattendues, voire inquiétantes, croulant sous le poids des confidences, découvrant l’ampleur des changements qui s’opèrent au sein de cette bande où l’on retrouve bon nombre de professionnels et de gens scolarisés. À l’un d’eux, il demandera de s’incliner à tous les jours devant sa photographie ainsi que celles de Barack Obama… et Oussama ben Laden. Comme on dit : ça ne s’invente pas.


Cet immense canular doit pourtant avoir une fin, et c’est là que le documentaire délaisse le ton ironique pour un certain climat angoissant, celui entourant un homme à qui on accorde des vertus divines, doué d’une lumière intérieure qui transpercerait les âmes, rien de moins. Ses disciples se sentiront-ils trahis, abandonnés, ou bêtement ridicules d’avoir été bernés à ce point ? Ce documentaire insolent, souvent très drôle, offre plus d’une réponse, et bien des leçons dignes d’un gourou du sens critique ! On devrait l’écouter davantage, celui-là.


 

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