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Roman de gare

8 septembre 2012 | André Lavoie | Cinéma
La lecture d’un roman par son auteur constitue le moteur narratif du premier long métrage de Brian Klugman et Lee Sternthal.
Photo : Alliance Films La lecture d’un roman par son auteur constitue le moteur narratif du premier long métrage de Brian Klugman et Lee Sternthal.

The Words (v.f. : Les Mots)

Réalisation et scénario : Brian Klugman et Lee Sternthal. Avec Bradley Cooper, Olivia Wilde, Zoe Saldana, Dennis Quaid, Jeremy Irons, Ben Barnes. Image : Antonio Calvache. Montage : Leslie Jones. Musique : Marcelo Zarvos. États-Unis, 2012, 97 min.

Toute forme de fiction contient sa part de vérité(s), qu’elle soit biographique ou existentielle. Cette idée est à la base du premier long métrage de Brian Klugman et Lee Sternthal, The Words, un projet pour lequel ils ont longtemps bagarré, recevant la caution inespérée de l’acteur Bradley Cooper (The Hangover, Limitless) pour réussir à le concrétiser.

La lecture d’un roman par son auteur constitue le moteur narratif de ce film où s’entrecroisent deux lieux et deux époques, sans compter ce chevauchement subtil entre la réalité de l’écrivain et celle de son oeuvre qui se tisse sous nos yeux. Ces démarcations affichent une grande limpidité, qu’elle soit visuelle, selon les temps du récit, ou sonore, grâce à la voix de Dennis Quaid, qui nous sert ici de guide.


L’acteur incarne Clay, un auteur à succès livrant quelques passages de son nouveau livre, The Words, à un auditoire new-yorkais conquis d’avance. Il évoque les misères de Rory (Cooper), un jeune écrivain ambitieux prêt à tout pour connaître le succès, comme proposer à un éditeur la retranscription intégrale d’un manuscrit poussiéreux découvert dans un vieil attaché-case acheté à Paris et relatant des incidents survenus au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.


Alors que sa conjointe (Zoë Saldana) croit en son talent, et croit surtout que ce texte, jugé exceptionnel, est signé de sa main, son enthousiasme efface les scrupules de celui qui jusque-là accumulait les lettres de refus. Rory savoure enfin un triomphe inespéré, jusqu’à sa rencontre avec le véritable auteur (Jeremy Irons) du manuscrit égaré. Troublé devant ce curieux revenant, le faussaire est surtout confronté à un important dilemme moral. Et aux yeux d’une séduisante admiratrice, Clay pourrait sans doute se cacher derrière ce personnage de voleur littéraire, permettant ainsi de remonter à la source de son propre succès.


Les questions posées dans The Words ne manquent pas de pertinence et cette fascination des deux cinéastes pour la littérature s’exprime ici avec respect et élégance. De manière plutôt paradoxale, c’est aussi là que leur démonstration affiche ses limites, tout d’abord dans le choix de Bradley Cooper, dont le physique de banquier décontracté et l’environnement aseptisé dans lequel il évolue contredisent constamment la nature véritable du personnage (fauché, vraiment ?). De plus, même si le choix de Montréal pour reconstituer New York, ainsi que le Paris d’hier et d’aujourd’hui, s’avère très habile (seul un oeil local et aiguisé pourra déceler le subterfuge), l’enveloppe esthétisante du film en rehausse surtout le caractère artificiel.


Car si la structure narrative propose un pari audacieux, avec ses constants va-et-vient dans l’espace et le temps, la teneur superficielle des dialogues en diminue la force de frappe, même lorsqu’ils sont livrés par des acteurs de la trempe de Jeremy Irons. Sa furtive présence donne à The Words son véritable éclat, mais il ne suffit pas d’un nom prestigieux (et d’une suite quasi interrompue de solides comédiens de la trempe de J. K. Simmons et Ron Rifkin) pour démontrer la maîtrise totale d’un sujet. Il prend ainsi la forme d’un bon roman de gare, sans plus.


 

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