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Une guitare sous un soleil de plomb

8 septembre 2012 | André Lavoie | Cinéma
L’auteur-compositeur-interprète Philémon
Photo : Pedro Ruiz - Le Devoir L’auteur-compositeur-interprète Philémon

Philémon chante Habana

Réalisation, scénario, image et montage: Pedro Ruiz. Musique: Philémon. Québec, 2012, 88 min.

Le cinéaste et photographe Pedro Ruiz affiche une générosité exemplaire chaque fois qu’il va à la rencontre d’un créateur, peu importent son âge, sa renommée ou les moyens dont il dispose pour les suivre dans leurs pérégrinations ou leur intimité. Sa démarche, empreinte de spontanéité et toujours admirative, a bien servi deux figures incontournables de la littérature contemporaine, le Cubain Pedro Juan Gutiérrez (Animal tropical) et le Québécois Dany Laferrière (La dérive douce d’un enfant de Petit-Goâve).

L’auteur-compositeur-interprète Philémon n’est certes pas aussi connu. Pour le moment, il n’a que deux albums à son actif (Philémon chante et Les sessions cubaines), trimballe son talent et sa jeunesse sur de petites scènes ici comme à l’étranger et ne semble pas se faire prier pour livrer ses états d’âme. C’est du moins la belle impression qui se dégage tout au long de Philémon chante Habana, le troisième portrait d’artiste de Pedro Ruiz, assurément son plus achevé sur le plan esthétique.


Amoureux des voyages, cet observateur n’allait pas se faire prier pour suivre Philémon à Cuba, plus précisément à La Havane, là où, deux ans auparavant, il avait enregistré, en deux jours, Les sessions cubaines. En 2009, le jeune homme ne ressemblait pas à une rock star, tout juste à un jeune homme un peu paumé venu sur l’île de Fidel Castro pour refaire le plein d’énergie. Au fil de ses rencontres — et grâce à sa carte de crédit ! —, il s’est installé au mythique studio Egrem pour immortaliser des airs qui nous restent longtemps dans la tête comme Dors poupée dors, See My Girl ou Mais pourquoi pas mourir ensemble.


De cette expérience fébrile exécutée dans l’urgence, le cinéaste nous propose quelques images captées à l’époque, mais il s’intéresse surtout au bilan artistique et personnel de Philémon à la suite de ce séjour déterminant. Et quoi de mieux que de revenir sur ses pas, sous le même soleil de plomb et auprès des mêmes musiciens enthousiastes, pour prendre la mesure du chemin parcouru depuis ces fameuses sessions cubaines ?


Il ne faut pas beaucoup de temps pour comprendre que Philémon a gagné en maturité et en assurance, une confiance sans cesse alimentée par le bonheur des retrouvailles, et surtout par une suite continue de performances musicales aux quatre coins de cette ville aux beautés fragiles et fissurées. C’est là que Pedro Ruiz se fait véritablement esthète, accordant un soin particulier à la lumière et aux cadrages qui rehaussent ainsi le charme parfois naïf des compositions de Philémon.


Aux frontières du film-concert, du making of, du carnet de voyage et du récit d’un retour, Philémon chante Habana touche à tous ces genres dans un déploiement de sons accrocheurs et de couleurs chatoyantes. Pedro Ruiz fait cette fois le pari d’observer les premiers pas d’un artiste en devenir. Son film constitue pour Philémon un jalon important dans sa quête artistique, offert dans un écrin d’une beauté remarquable.


 

Collaborateur

Philémon Chante Habana / bande annonce from Pedro Ruiz on Vimeo.

 
 
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