Mahler au bord du gouffre
Mahler on the Couch
Réalisation et scénario : Percy et Felix O. Adlon. Avec Johannes Silberschneider, Barbara Romaner, Karl Markovics, Friedrich Mücke, Eva Mattes. 98 min. En allemand avec s.-t. anglais. Musique : Gustav Mahler. Image : Benedict Neuenfels. Montage : Jochen Kunstler.
Mais c’est d’un Mahler en fin de vie (Johannes Silberschneider) qu’il est ici question, surtout à travers son mariage au bord du gouffre avec l’ardente Alma Schindler Mahler (Barbara Romaner). Il a étouffé sa carrière de compositrice et elle retrouve le goût de vivre au bras du jeune et bel architecte Walter Gropius, qui deviendra l’un des chefs de file du mouvement Bauhaus.
Sur Alma Mahler, on avait pu voir en 2001 l’assez décevant Bride of the Wind de Bruce Beresford. Gustav Mahler avait eu droit en 1974 au plus inspiré Mahler de Ken Russell.
Les Adlon, comme Russell, ne versent pas dans l’hagiographie, le compositeur apparaissant avec ses tics et son égocentrisme, mais là s’arrête la comparaison. Sur de belles images et une direction artistique soignée, le scénario se révèle assez convenu et parfois éparpillé. Mais c’est un véritable Who’s Who de la Vienne du début du xxe siècle qui défile. Car Alma est liée entre autres au peintre Gustav Klimt. Quant à Mahler, malheureux en ménage, il va chercher secours auprès du père de la psychanalyse, Sigmund Freud (Karl Markovics, grimé et ressemblant).
Davantage que Johannes Silberschneider, qui joue son Mahler à gros traits, on retient l’interprétation de Barbara Romaner, brûlante de passion et de vie. Le film, qui frustre par sa façon d’aborder en surface les ressorts créatifs du compositeur, possède le mérite d’éclairer le bouillonnement de la Vienne intellectuelle et culturelle d’avant les deux guerres, comme la difficulté pour une femme d’être reconnue en tant qu’artiste.
Le lien qui relie Alma à Gustav Mahler n’est pas rendu de façon toujours intelligible. Et parfois, c’est à travers le regard de la mère de celle-ci que leur amour se voit commenté, sans poser un éclairage plus significatif. Ce couple nous échappe, mais l’époque revit avec sa fièvre baignée d’art.








