Au bonheur des corbeaux
Elena
Réalisation: Andreï Zviaguintsev. Scénario: Oleg Negin, A. Zviaguintev. Avec Nadezhda Markina, Andrey Smirnov, Elena Lyadova, Alexey Rozin. Photo: Mikhail Krichman. Montage: Anna Mass. Musique: Philip Glass. Russie, 2011, 109 min.
Elle a épousé Vladimir deux ans plus tôt, après huit années de vie commune. Elle était infirmière, il était malade. Elle est pauvre, il est riche. Elle a un fils et deux petits-fils, il a une fille célibataire. Le fils vit aux crochets de sa mère et passe ses journées à boire et à jouer à des jeux vidéo. La fille vit aux crochets de son père et refuse d’utiliser son érudition autrement que comme arme de cynisme massif. Les seules tensions qui se manifestent entre Elena et Vladimir viennent de leurs rejetons et de ce que l’un et l’autre parents sont incapables de leur refuser quoi que ce soit, ce dont leur progéniture respective abuse, il va sans dire.
Le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev inscrit en filigrane de sa trame deux pôles opposés : les nouveaux riches de la Russie moderne (Vladimir) et les laissés-pour-compte du capitalisme (Elena). En somme, lui représente le 1 % et elle, les 99 %. La thèse du film, qui relate les circonstances d’un meurtre voué à demeurer impuni, suggère qu’une union comme la leur est contre nature car leurs parcours sont irréconciliables. En dépit de l’amour des conjoints, ce mariage-là ne peut se conclure que par une tragédie.
Présenté l’an dernier à Cannes en clôture de la section Un certain regard, Elena, le troisième long-métrage d’Andreï Zviaguintsev, s’avère moins subtil et moins percutant que son premier opus, Le retour, une oeuvre d’une rare puissance. Cela étant, Elena est un film prenant dont le pessimisme délétère fascine et déprime tout à la fois. Il s’agit d’un autre portrait d’humanité très noir, noir comme le ramage du corbeau qui, au dehors, s’est envolé, sa sombre prophétie avérée. À l’intérieur, la vaste demeure est désormais occupée, mais par qui, au fond, et à quel prix ?
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