L’âge d’or de la machine
Pour veiller sur leur père, les enfants de Frank lui ont offert un robot.
Robot and Frank (v.f. : Robot & Frank)
Réalisation : Jake Schreier. Scénario : Christopher D. Ford. Avec Frank Langella, Susan Sarandon, James Marsden, Liv Tyler, et la voix de Peter Sarsgaard. Image : Matthew J. Lloyd. Montage : Jacob Craycroft. Musique : Francis Farewell Satarlite. États-Unis, 2012, 89 min.
Le jeune réalisateur américain Jake Schreier aurait-il inventé la science-fiction… campagnarde ? Robot and Frank affiche des allures de conte futuriste, mais le tout est imprégné d’un climat bucolique, curieux contraste avec la dérive intérieure de ce héros vieillissant nommé Frank (défendu par le solide et admirable Frank Langella).
Cette dérive s’exprime par des pertes de mémoire répétées et un comportement erratique qui inquiète les deux enfants (James Marsden et Liv Tyler) de ce père autrefois plus préoccupé de cambriolages spectaculaires. La solution de sa progéniture angoissée et loin de cet homme reclus dans un coin perdu de l’État de New York ? Un robot (avec la voix suave de Peter Sarsgaard) capable d’accomplir les tâches quotidiennes, de jeter un œil sur ses médicaments et de lui prodiguer des conseils pratiques, dont sur l’art du jardinage!
La dextérité de la machine exaspère Frank, lui renvoyant l’image d’un mâle inadéquat, mais il découvre très vite son potentiel subversif, l’entraînant à devenir un partenaire dans le crime. Cette transformation est ponctuée de visites à la bibliothèque, autant pour satisfaire sa passion pour la lecture que celle, peu subtile, pour la bibliothécaire (Susan Sarandon), toujours heureuse de servir son dernier client, l’endroit étant destiné à se modeler à l’air (technologique) du temps.
Cette vision d’avenir très collée au présent se déploie avec simplicité, assortie de touches de tendresse pour cet être vulnérable et exécrable. La quincaillerie est certes réduite au minimum, ce qui désolera peut-être les amateurs de bric-à-brac aveuglant, mais laisse place à l’humanité des personnages, y compris celle du robot, dont l’empathie transcende l’enrobage aseptisé (le blanc de l’appareil n’est jamais loin de celui de l’uniforme de l’infirmière).
Élégante et amusante réflexion sur l’âge d’or à l’heure de la machine sophistiquée, sur la mémoire vacillante qui peut faire basculer une vie, Robot and Frank aborde ces sujets sans se faire ni trop fataliste, ni trop larmoyant. Le futur selon Jake Schreier ne semble pas toujours rayonnant, mais il n’évacue jamais le facteur humain dans sa démonstration. Ça nous change, et drôlement, des illustrations apocalyptiques, qu’elles soient extraterrestres, écologiques, nucléaires… ou médicales.
***
Collaborateur
Collaborateur










