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    Cinéma - Martine Chartrand entre jazz et ballade

    Son très beau court-métrage MacPherson sera présenté jeudi en ouverture du Festival des films du monde avant Million Dollar Crocodile de Lisheng Lin

    21 août 2012 |Odile Tremblay | Cinéma
    Le film d’animation MacPherson est fait de 10 000 peintures sur verre.
    Photo: Office national du film Le film d’animation MacPherson est fait de 10 000 peintures sur verre.
    Nul n’a oublié son poétique Âme noire, aventure musicale et picturale à travers la mémoire de la culture noire, de l’Afrique aux routes de l’esclavage. Cette animation en peinture sur verre avait été lancée en 2000 après sept années de travail, primée un peu partout, coiffée même de l’Ours d’or du court-métrage à Berlin. Martine Chartrand est une Québécoise d’origine haïtienne qui crée des ponts entre imagination et histoire, entre peuples et musiques.

    Voici qu’à partir d’une chanson de Félix Leclerc, son film MacPherson, produit, comme Âme noire, par l’ONF, sera projeté jeudi en ouverture du FFM. Précisons qu’au cours des années 1930, le jeune poète s’était lié d’amitié avec l’ingénieur chimiste Frank Randolph Macpherson d’origine jamaïcaine, qui aimait le jazz et Schubert.


    Il avait trouvé une famille d’accueil chez les parents de Félix, mourut plus tard de froid un jour de tempête en 1951. Cette amitié inspira à Félix la chanson MacPherson, dans laquelle il fit de l’ancien compagnon un draveur, dansant et mourant sur ses billots.


    Toujours avec cette technique de la peinture sur verre, Martine Chartrand effectua 10 000 dessins en huit ans de travail. Elle explique à quel point, ce film réclama aussi des recherches. « J’aimais écouter des chansons de Félix quand j’étais jeune, car il me ressemble avec ses arrangements mêlant le jazz à d’autres musiques, mais j’ignorais que Macpherson était noir, le croyant écossais. Puis en apprenant ses origines jamaïquaines, j’ai eu envie de découvrir s’il y avait eu des draveurs noirs au Québec. »

     

    Près du documentaire


    Au fil des rencontres avec la famille Leclerc, elle enquêta sur lui. D’ailleurs, le documentariste Serge Giguère, qui filma ses recherches, prépare en parallèle le documentaire Le mystère Macpherson. Elle participe à son travail. « Depuis dix ans, mes propres films d’animation ressemblent à des documentaires, dit-elle. Pour Âme noire, j’ai appris à être très précise dans ma recherche historique. » Mais l’imagination s’en mêle aussi.


    « Le vrai Macpherson n’a jamais fait de drave. Il a travaillé comme ingénieur dans les pâtes et papiers. Dans la métaphore de la chanson, je l’ai vu comme un briseur de frontières. Félix en a fait un héros. » L’amour muet entre Macpherson et une soeur de Félix, autour d’un piano, a existé. Des documents en témoignent de façon fugitive et l’animation le poétise.


    Ella a inclus des extraits du Calepin d’un flâneur, dans lequel Félix évoquait son ami, les séances de piano, le pain qu’il apportait.


    « Il arrivait le dimanche soir avec son cahier de musique de Schubert, écrivait-il. Timidement, il invitait ma soeur à se mettre au piano. Assis derrière elle, il battait la mesure comme s’il chassait les mauvaises heures de la semaine. Épanoui, il repartait avec son cahier, s’inclinait profondément devant ma soeur, se tenant le plus loin possible d’elle parce que c’était un Noir. »


    Des photos de famille Leclerc avec Macpherson participent à la mosaïque du montage serré. « Je suis allée également au Saguenay voir comment l’eau coule, pour reproduire la fluidité du mouvement et regarder à Grandes-Piles les espaces de bûcherons. »

     

    Mento et folk


    La musique joue un rôle important dans les films de Martine. Ici s’entremêlent le mento jamaïcain, des accords de Django Reinhardt, qui fut un autre ami de Félix, du Schubert, la chanson MacPherson, bien entendu, et des airs du groupe folk Bon Débarras. « Jean-François Dumas a pu jouer sur la vraie guitare de Félix. »


    Martine Chartrand avoue trouver la technique de peinture sur verre si pleine de mouvement et de couleurs, aussi longue qu’ardue. Sans l’appui de l’ordinateur, sauf pour le transfert et la coloration, son art est solitaire. « Ces peintures sont tellement fragiles. Pour en conserver certaines, il faut les encadrer. »


    La cinéaste prend congé de cette méthode. Elle a plusieurs projets dans sa manche, dont un retour aux sources à Haïti, mais n’a plus envie de passer autant d’années sur un seul projet sur verre, fût-il porté par une chanson de Félix.













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