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Has been morts ou vifs

17 août 2012 | Martin Bilodeau | Cinéma

« Has been - n.m. anglic. Personne qui a été célèbre et qui ne l’est plus ou l’est moins.» Je m’étonne de découvrir cette expression dans Le Robert, quoiqu’aucune autre dans la langue française ne communique avec autant d’immédiateté l’idée d’une personnalité publique tombée dans l’oubli ou l’indifférence. Et aucune semaine dans l’année, mieux que celle-ci, n’a donné autant de has been en pâture au grand public.


Prenez la bande-annonce du film The Expendables 2,en salle aujourd’hui. Au centre du portrait : l’ex-Rocky et ex-Rambo Sylvester Stallone, le visage sans expression sculpté par la chirurgie telle une statue de l’île de Pâques. À ses côtés, un escadron de vieux modèle de la virilité d’avant-hier : Arnold Schwarzenegger, Jean-Claude Van Damme, Chuck Norris, Dolf Lundgrun. Masques de cire, râteaux de dents artificielles, muscles bandés sous une peau qui a perdu de son élasticité, l’union mortuaire fait si bien la force que, la preuve est faite, cinq ou six has been peuvent, s’ils sont animés d’une volonté de puceaux, créer un film populaire. Oubliez la technologie. Les gros doigts sales de ces mâles analogiques n’ont jamais touché un clavier. Ils volent dans un vieux coucou, foncent sur l’ennemi armés de mitraillettes rapportées du Vietnam, à court de munitions défendent leur vie au coup de poing et au coup de pied. Sous leur assaut tombent les tyrans. Grâce à eux, les veuves et les orphelins obtiennent justice.


Has been ? Oui, car toujours vivant. C’est la condition première. Un has been mort perd son titre. Ainsi, jusqu’au 10 février dernier, Whitney Huston était, à 48ans, has been. Le lendemain, on la retrouvait noyée dans la baignoire d’un grand hôtel de Beverly Hills, avec dans le sang un mélange d’alcool, de cocaïne et de médicaments. Has been no more, elle répond désormais à d’autres appellations : idole tombée, symbole tragique, juke-box éteint, à vous de décider.


Vingt ans exactement après qu’elle eut atteint le sommet de sa carrière grâce à la chanson de Dolly Parton I Will Always Love You qu’elle interprétait dans le film The Bodyguard, Whitney Huston a tenté un retour au cinéma peu de temps après avoir échoué à relancer sa carrière musicale. Sparkle, en salle aujourd’hui, campé dans le Detroit des années1960, raconte l’histoire de trois soeurs qui rêvent de faire carrière dans la musique. La benjamine compose, la cadette en impose et l’aînée explose en bombe sexuelle. La mère, jouée par Huston, s’oppose à leurs rêves de gloire qu’elle a caressés autrefois, et qui lui ont causé plus de tort que de bien. Ainsi, la chanteuse has been joue ici une chanteuse qui n’a jamais été (has never been).


Or, comme Sly et Arnold, Whitney Huston a été. Et qu’on le veuille ou non, Sparkle restera le film à travers lequel nous essaierons de lire les signaux annonciateurs de sa mort. Ses paupières surmontées de lourds faux cils lui font des yeux qui, sous l’effet combiné des médicaments dont elle était dépendante, peinent à rester ouverts. Un plan la montrant endormie devant la télévision, le visage bouffi, les bigoudis plein la tête et une bouteille de scotch à portée de main, rappelle une tragique « imitation de la vie », pour paraphraser Douglas Sirk, un cinéaste qui a visiblement inspiré le tâcheron Salim Akil à la barre de ce film. Dans l’unique chanson qu’elle interprète d’une voix presque éteinte (son personnage est soliste dans une chorale gospel), elle se déclare sous protection divine : « He watches over me ». Au début du dernier acte, une amie pose à son personnage une question qui s’applique trop bien à la vedette prisonnière depuis 15ans du cycle infernal de la dépendance : « Combien de fois vas-tu répéter la même erreur ? »


La réponse rédemptrice est fournie dans le dénouement forcé de ce médiocre mélo en costumes et perruques d’époque, qui veut surfer sur le triomphe à pareille date l’an dernier de The Help. Or, au-delà des funérailles publiques qu’il propose aux fans de Whitney Huston, Sparkle n’apporte strictement rien à son héritage. On continuera de regretter sa voix puissante. On la regrettait déjà. Du temps où elle était has been.

 
 
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