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Fuites et lumières du passé

18 août 2012 | Odile Tremblay | Cinéma
La matriarche Elvira et son petit-fils.
Photo : Magali Bragard La matriarche Elvira et son petit-fils.

Je n’ai rien oublié

Réalisation : Bruno Chiche. Scénario : Bruno Chiche, Fabrice Roger-Lacan, Juliette Sales, Jennifer Devoldere, d’après le roman Small World de Martin Sutter. Avec Gérard Depardieu, Niels Arestrup, Alexandra Maria Lara, Françoise Fabian, Nathalie Baye. Image : Thomas Hardmeier. Musique : Klaus Badelt. Montage : Marion Monnier. France, 2010, 93 min.



Ce film du Français Bruno Chiche (derrière Barnie et ses petites contrariétés) fascine par son exploration à plusieurs niveaux de la mémoire à géométrie variable, mais sa forme aurait gagné à s’éclater davantage en des zones éthérées et oniriques. Suspense, chronique d’une société rigide aux codes de classe, le film se structure comme une sorte de puzzle.


Adapté d’une partie du roman Small World de Martin Sutter, Je n’ai rien oublié met face à face pour la première fois Gérard Depardieu et Niels Arestrup, en amis d’enfance séparés par des secrets de famille mal digérés.


Dans un univers de riches bourgeois de province à la Chabrol, la matriarche Elvira (Françoise Fabian) règne sur un manoir au bord de l’étouffement. À la cérémonie de mariage du petit-fils, un fantôme du passé, qui incendia jadis une des maisons de la famille, surgit, vite éconduit par la porte d’en arrière : Conrad (Depardieu), personnage lunaire qu’on découvrira atteint de la maladie d’Alzheimer et qu’Elvira décide d’héberger, ce qui fait basculer le destin de chacun.


Cette maladie, Bruno Chiche en évacue les détails cliniques, ce qui l’entraîne du côté de la fable, sans y plonger suffisamment. Conrad devient un symbole de l’innocence bafouée. Son amnésie doublée d’une hypermnésie des événements du passé en fait un raviveur redoutable des vieux squelettes du chic placard. Le jeu de Depardieu, trop monolithique dans sa bulle enfantine de béatitude, pâlit devant celui d’Arestrup, pervers et insolite dans la peau de Thomas, oisif fils de famille expert en louvoiements. Quant à Françoise Fabian, quoiqu’impériale, elle semble avoir l’âge de son fils Thomas, ce qui nuit à la crédibilité de l’histoire.


Le film possède ses finesses, dont ses beaux décors et sa musique subtile, aussi dans le crescendo de la perte des repères. Le jeu des souvenirs ou des oublis, la quête de vérité poursuivie par Simone (Alexandra Maria Lara), la bru de Thomas, l’étrangère au clan, participent au thriller psychologique, mais le cinéaste sème trop d’indices pour qu’on ne voie pas venir de loin la clé de l’énigme.


On salue la figure d’ombre du vieux majordome (Féodor Atkine), amant de Madame, qui glisse avec poésie dans cet univers suranné, aussi celle, discrète, de Nathalie Baye en amante d’autrefois, déchirée par ses mauvais choix.


Le côté vieillot du film (on se croirait parfois dans le monde d’Agatha Christie) le dessert vite pourtant, et on a du mal à s’attacher aux personnages (celui du petit-fils d’Elvira, joué par Yannick Renier, n’est qu’insignifiance). Cette mise en scène trop sage s’enlise parfois. Restent un climat d’anxiété et ces jeux sur la mémoire rarement présents au cinéma.


 
 
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