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Affreux, sales et méchants

10 août 2012 | François Lévesque | Cinéma

Killer Joe


Réalisation : William Friedkin. Scénario : Tracy Letts. Avec Matthew McConaughey, Emile Hirsch, Juno Temple, Thomas Hayden Church, Gina Gershon. Photo : Caleb Deschanel. Montage : Darrin Navarro. Musique : Tyler Bates. États-Unis, 2012, 102 min.
V.o. : Banque Scotia.

L’expression « en dents de scie » pourrait avoir été inventée pour qualifier la carrière du réalisateur américain William Friedkin. Après les honneurs précoces reçus pour The French Connection (Oscar du meilleur réalisateur) et le triomphe mondial de The Exorcist (Golden Globe du meilleur réalisateur), Friedkin n’atteignit jamais plus les mêmes sommets. S’il commit quelques navets (The Guardian, Jade), plusieurs de ses oeuvres subséquentes valent d’être revues (Sorcerer, To Live and Die in L.A.). Après un passage à vide prolongé, Friedkin opéra un retour concluant en 2006 avec le drame psychologique Bug, une adaptation dérangeante d’une pièce de Tracy Letts. Six ans plus tard, le cinéaste et le dramaturge sont de retour avec Killer Joe, un film noir grinçant mâtiné d’humour de la même couleur.

Killer Joe est le surnom d’un shérif qui arrondit ses fins de mois comme tueur à gages (Matthew McConaughey, excellent, décidément en mode réalignement de carrière). Chris, un jeune bon à rien, vient de l’embaucher pour liquider sa mère afin de toucher la police d’assurance-vie dont doit hériter sa petite soeur Dottie. Également dans le coup : Ansel, le père de Chris, et Sharla, sa belle-mère. Parce qu’il a vu neiger, Joe exige d’être payé d’avance. Évidemment, Chris n’a pas les moyens de ses basses ambitions. Reste Dottie, innocente, ingénue… Pensez à Carroll Baker dans Baby Doll, de Tennessee Williams et Elia Kazan, version maison mobile. Elle plaît à Joe. Et voilà pour la garantie de paiement. Des choses encore moins ragoûtantes surviennent, soyez prévenus.


Les thèmes que remue l’intrigue sont connus, bien sûr, mais ici, c’est la vigueur de William Friedkin à la réalisation qui fait la différence. Il faut dire qu’il a l’habitude des tueurs en série, en témoignent Cruising et Rampage. Idem pour l’adaptation de pièces : hormis Bug, deux de ses premiers films, The Birthday Party et The Boys in the Band, sont issus du théâtre. C’est direct, pour ne pas dire frontal (voir l’entrée en scène du personnage de Gina Gershon !), violent, vulgaire, férocement drôle… et bizarrement crédible. À voir.

 
 
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