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Sexualité débridée

11 août 2012 | François Lévesque | Cinéma
Guilty of Romance s’ouvre sur une scène où se mêlent couleurs criardes et meurtre.
Photo : K Films Amérique Guilty of Romance s’ouvre sur une scène où se mêlent couleurs criardes et meurtre.

Guilty of Romance


Scénario et réalisation : Sion Sono. Avec Megumi Kagurazaka, Miki Mizuno, Makoto Togashi. Photo : Sôhei Tanikawa. Montage : Jun’ichi Itô. Musique : Yasuhiro Morinaga. Japon, 2011, 112 min.

Oeuvre radicale suintant le sexe glauque, Guilty of Romance est de ces films que l’on taille sur mesure pour le scandale. Or, une fois déparé de ses oripeaux sulfureux, le plus récent brûlot de Sion Sono (Love Exposure, Cold Fish) n’en apparaît que plus intéressant. Le titre est inspiré par Les crimes d’amour, du marquis de Sade. Voilà pour les horizons d’attentes.

Shibuya, au Japon. Épouse d’un écrivain célèbre, Izumi passe ses journées à planifier un retour à la maison parfait pour son mari. Dans l’entrée, les pantoufles de monsieur sont prêtes à être enfilées selon un angle soigneusement calculé, c’est tout dire. Malgré son dévouement, Izumi ne retire nul romantisme de son mariage, encore moins de caresses. C’est ironique, car le mari se spécialise dans le roman à l’eau de rose.


Pour tromper son ennui, Izumi accepte un boulot dans un supermarché où la remarque Mitsuko, une femme volontaire qui recrute pour une agence de « modèles ». Réticente à poser dans son plus simple appareil, Izumi en vient à trouver l’expérience libératrice. Prochaine étape de son émancipation secrète : la prostitution. Aspirée dans un vortex de sexualité débridée, Izumi ignore qu’un tueur en série rôde dans le district malfamé qu’elle fréquente désormais assidûment…


Guilty of Romance s’ouvre sur une scène de crime impliquant un cadavre, un mannequin, et un costume d’écolière. Couleurs criardes, meurtre grand-guignolesque : d’entrée de jeu, Sion Sono canalise les gialli de Dario Argento (Quatre mouches sur velours gris, Profondo rosso) et les thrillers érotiques de Brian De Palma (Sisters, Dressed to Kill) avant de convoquer Belle de jour, de Luis Buñuel. Le mélange étonne, certes, mais il n’en fascine pas moins. Surtout, l’intrigue policière jumelée au parcours émancipatoire de l’héroïne permet à l’auteur de lever le voile sur certains us et coutumes traditionalistes qui ont toujours cours dans une partie de la population nippone, instruite qui plus est. En filigrane se glisse une réflexion non moins pertinente sur les périls du refoulement.


D’aucuns parleront à ce chapitre de refoulement d’égouts, mais les cinéphiles aventureux devraient quant à eux y trouver leur compte. Il y a plus à découvrir dans les beaux draps de Guilty of Romance que des corps dénudés (ou mutilés).


***
 

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