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    Entretien avec Kim Jee-woon - Quand le cinéma sud-coréen se donne des genres

    28 juillet 2012 |François Lévesque | Cinéma
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	Kim Jee-woon sur le tournage du film J’ai rencontré? le diable.</div>
    Photo: Magnolia Pictures
    Kim Jee-woon sur le tournage du film J’ai rencontré? le diable.
    Contraint d’annuler à la dernière minute sa venue à Fantasia, le cinéaste sud-coréen Kim Jee-woon a néanmoins accepté de répondre aux questions du Devoir, par la magie d’Internet, et en exclusivité.

    Né à Séoul en 1964, Kim Jee-woon s’intéresse très tôt au cinéma. Pourtant, c’est au théâtre qu’il décide d’aller apprendre son métier, tâtant non seulement de la mise en scène, mais aussi du jeu. La fin de la dictature au cours des années 1980, puis le lent passage de la Corée du Sud à la démocratie qui s’ensuit entraînent d’importants relâchements de la censure au milieu des années 1990. Le cinéma sud-coréen commence alors à explorer des avenues inédites. Économie florissante aidant, tout un chacun veut y investir. Émergent les nouveaux talents, bourgeonne l’industrie cinématographique.
     
    On tourne des films de genre, mais la maîtrise technique déployée par les cinéastes émergents et la recherche esthétique manifeste qui caractérise leurs œuvres sont telles que rapidement les yeux du monde se tournent vers la petite péninsule. Cannes et Venise s’empressent d’ouvrir leurs portes à Park Chan-wook et à Kim Ki-duk, pour ne nommer que ceux-là.
     
    Ainsi naît la nouvelle vague sud-coréenne. L’impact des films qui en sont issus est tel que, sur le marché domestique, les productions hollywoodiennes ne font pas le poids.
     
    De son côté, Kim Jee-woon connaît un gros succès dès son premier film, The Quiet Family, une comédie satirique évoquant L’auberge rouge, d’Autant-Lara, qui relate les exploits meurtriers d’une famille d’aubergistes. Pris dans le contexte de la (brève) crise économique asiatique de 1997-1998, son propos apparaît d’autant plus grinçant. Un film d’épouvante cachant un drame psychologique perçant, Deux sœurs, le troisième long métrage de Kim Jee-woon, le fait connaître à l’étranger. Par la suite, il réalise un film de gangster percutant, A Bittersweet Life, un western parodique, Le bon, la brute et le cinglé, et J’ai rencontré le diable, un récit de vengeance insoutenable. Doomsday Book, qu’il cosigne avec Yim Phil-sung (Hansel et Gretel) et qu’il devait présenter à Fantasia, propose trois histoires de fin du monde tour à tour drôles, cruelles et insolites. En ce moment, il termine la post-production de son premier film américain, The Last Stand, qui raconte la fuite d’un trafiquant de drogue vers Mexico.
     
    En Occident, Park Chan-wook (Old Boy, Lady Vengeance), Bong Joon-ho (The Host, Mother) et vous-même apparaissez comme les figures de proue de la nouvelle vague sud-coréenne. Êtes-vous à l’aise avec cette perception ?

    Nous sommes plus que trois, je vous assure ! Cela dit, nos films ont eu du succès à l’étranger simultanément. Les gens tendent à vouloir définir ce genre de phénomène. Park Chan-wook, Bong Joon-ho et moi avons beaucoup en commun, comme cet attrait pour le cinéma de genre, mais nous nous distinguons les uns des autres par nos styles respectifs, voire par nos méthodes de tournage. Cela étant, je ne vous cacherai pas que nous avons des goûts semblables en matière de films et de réalisateurs (Wong Kar-wai et Leos Carax, entre autres). Nous passons pas mal de temps ensemble. J’ai même entendu dire que des réalisateurs japonais nous enviaient cette complicité !
     
    Donc, cette nouvelle vague sud-coréenne serait un peu une vue de l’esprit ?

    Oui et non. D’une part, nous ne nous soumettons à aucun dogme. Nous avons développé une connaissance aiguë du cinéma de genre, mais chaque réalisateur investit un genre donné en créant des « scènes signature ». D’autre part, il existe des similitudes indéniables entre nos longs métrages. Remarquez que ce n’est pas surprenant puisque, comme je le mentionnais à l’instant, nous partageons plusieurs influences communes. Nous avons surtout eu la chance que nos films plaisent à la critique autant qu’au public. D’ailleurs, toutes les signatures dont je parle ont désormais une valeur au box-office coréen.
     
    La plupart des auteurs choisissent un genre et s’y confinent. Ils ont un univers reconnaissable. Pourquoi un tel éclectisme de votre part ?

    Cela m’est nécessaire. C’est même ma seule règle : faire chaque fois un film différent du précédent. Par exemple, Deux sœurs parle d’une jeune fille en fleur qui extériorise ses névroses, A Bittersweet Life s’intéresse à l’inverse aux ruminations intérieures d’un tueur. Hommage débridé à Sergio Leone, Le bon, la brute et le cinglé relève de l’« extravaganza » formelle. Dans J’ai rencontré le diable, je suis passé du macro au micro en m’attardant au moindre détail visuel. Je privilégie l’image et l’atmosphère, c’est une constante, mais j’aime varier les sujets. Le cinéma de genre m’offre cette latitude.
     
    Vous avez pris le chemin d’Hollywood en acceptant d’y réaliser de The Last Stand, qui met en vedette Arnold Schwarzenegger et Forrest Whitaker. Plusieurs cinéastes étrangers se sont cassé les dents là-bas tandis que d’autres ont perdu leur personnalité artistique. Nombre d’entre eux, comme Roman Polanski ou Milos Forman, y ont toutefois produit certaines de leurs meilleures œuvres. Qu’en fut-il pour vous ?

    La dynamique est différente. En Corée, le processus tourne autour du réalisateur alors qu’à Hollywood, il tourne autour du studio. Vous savez, je ne caressais pas le rêve de venir travailler aux États-Unis. Mon seul désir, c’est de tourner le plus possible. En Corée, j’avoue que le cœur y était de moins en moins. J’avais besoin de changer d’air. Évidemment, être un cinéaste étranger ici, et asiatique de surcroît, n’est pas facile. Mais vous savez quoi ? À Hollywood, en tout cas auprès des techniciens avec qui j’ai eu le privilège de collaborer, j’ai constaté que le langage cinématographique est encore plus important que la langue parlée. Ce qui n’est pas pour me déplaire.
     
     
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