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Autre lieu, mêmes mœurs

28 juillet 2012 | François Lévesque | Cinéma
Photo : Métropole Films
Trishna
Scénario et réalisation : Michael Winterbottom, d’après un roman de Thomas Hardy. Avec Freida Pinto, Riz Ahmed. Photo : Marcel Zyskind. Montage : Mags Arnold. Musique : Shigeru Umebayashi. Chansons : Amit Trivedi. Grande-Bretagne, 2011, 
108 min.
Le nouveau film du très prolifique (c’est un euphémisme) et très éclectique (c’en est également un) Michael Winterbottom, Trishna, constitue sur papier une séduisante proposition. En effet, après avoir signé l’adaptation d’époque Jude l’obscur et transposé Le maire de Casterbridge dans l’Ouest américain de 1860 (The Claim), Winterbottom adapte une troisième fois un roman de Thomas Hardy, en s’attaquant ce coup-ci à l’œuvre la plus connue de l’écrivain : Tess d’Urberville. Dans Trishna, Winterbottom déplace l’action de l’Angleterre de la fin du XIXe siècle à l’Inde d’aujourd’hui. Si elle étonne de prime abord, cette décision du cinéaste britannique rend finalement compte de sa compréhension de l’Inde actuelle bien plus qu’elle ne relève d’un caprice artistique. Comme l’ont fait remarquer plusieurs critiques lors du passage de Trishna sur le circuit des festivals, l’Inde connaît depuis quelques années une révolution industrielle comparable à celle que connut l’Europe au tournant du XXe siècle.


Rêve bollywoodien

Trishna est une ravissante jeune femme issue d’une famille pauvre, demeurée coincée dans la campagne indienne, avec ses traditions pesantes, alors qu’à la ville, la modernité balaie tout sur son passage. Devant sa télévision, Trishna se rêve vedette de Bollywood. Lorsque son père est victime d’un grave accident, Trishna part pour Mumbai où elle commence à travailler pour Jay, un jeune homme d’affaires d’apparence très comme il faut qui s’éprend d’elle. Responsable, elle envoie ses gages à sa famille, qu’elle fait vivre. Alors que Jay s’intéresse à l’industrie cinématographique indienne, Trishna est confrontée à son vieux fantasme bollywoodien.
 
Il y a beaucoup de bon dans Trishna, comme dans la plupart des films de Michael Winterbottom, un touche-à-tout ayant tâté de l’étude de mœurs (Butterfly Kiss), de la comédie satirique (Tristram Shandy : A Cock and Bull Story), du film noir ultraviolent (The Killer Inside Me), et même de la science-fiction cérébrale (Code 46). Ses longs métrages épousent rarement un seul genre, sa filmographie imprévisible ayant pour fil conducteur un regard anthropologique et, depuis Wonderland, un rendu naturaliste. Trishna ne fait pas exception. Cela étant, si l’on applaudit à l’audace et à la pertinence de la relecture, on ne peut que se désoler devant certains choix narratifs. Par exemple, en fusionnant les deux hommes qui tourmentent l’héroïne chacun à sa façon, Winterbottom prive cette dernière de son dilemme originel. Certes, l’importance accordée aux aspirations professionnelles de la protagoniste permet d’actualiser le récit, mais ce pan se substitue mal à un personnage, d’autant qu’un désir d’émancipation habitait déjà Tess dans le roman, une émancipation impossible ajoutant à son accablement. Bref, la simplification apparaît boiteuse. Privé de son triangle amoureux, le récit tourne à vide à l’approche du dénouement, si bien que, lorsque l’irréparable survient, l’impact émotionnel n’est pas au rendez-vous. Les dialogues improvisés apparaissent en outre un peu trop comme tels.
 
Certes, il ne doit pas être aisé de s’approprier un classique littéraire, qui plus est lorsque le classique en question en a déjà engendré un second au cinéma, à savoir le sublime Tess, de Roman Polanski. À cet égard, si elle possède le physique requis pour le rôle-titre, Freida Pinto (premier rôle féminin de Slumdog Millionaire) n’exsude pas le pouvoir d’envoûtement d’une Nastassja Kinski. Au final, Trishna se révèle une gageure à moitié réussie.
 
 
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