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En compétition au FFM - Un film turc plein de finesse et de mystère

Odile Tremblay   6 septembre 2003  Cinéma
Coup de coeur hier en compétition pour le film turc La Rencontre (Karsilasma), d'Ömer Kavur. Cette oeuvre fluide et maîtrisée, remplie de mystère et mêlant une intrigue policière à une quête existentielle, est sans doute le film le plus accompli de cette section, et moins académique que bien d'autres.

Déjà, avec Usak de Nuri Bilge Ceylan, largement primé au dernier Festival de Cannes, on avait pu goûter à cette nouvelle mouvance du cinéma turc, habitée de non-dits et pleine de sensibilité. Ömer Kavur est un cinéaste de grande expérience dont les oeuvres n'ont pas toujours assez traversé l'Atlantique. La Rencontre nage dans les mêmes eaux subtiles et contemporaines qu'Uzak, avec un spleen, un sentiment de fatalité, beau brouillard qui enveloppe l'action. Le film a le hasard pour thème, des imprévus, des signes, des attirances, des fuites. On lui reprochera quelques longueurs en bout de piste, mais c'est ce rythme nonchalant qui lui confère aussi sa profondeur.

Le film est porté par la souplesse des changements de caps, les pistes lancées légèrement tout en annonçant la suite, comme des oracles révèlent toute la finesse du maître d'oeuvre. L'histoire est celle d'un homme, désespéré et culpabilisé par la mort de son fils adolescent, qui rencontrera en thérapie un louche tenancier de tripot appelé à changer le cours de sa vie. L'histoire se déroule en deux temps, puisque le héros (incarné avec charisme par Ugur Polat) quittera Istanbul pour une île perdue, où il rencontrera une femme et son fils, ce dernier appelé à remplacer pour lui l'enfant disparu. Il s'agit d'un polar un peu à la David Mamet, mais sans ses aspérités et sa complexité, avec une dimension de douceur, où la quête d'amour demeure l'enjeu suprême, le ressort des personnages et la rédemption de leurs crimes.

L'histoire d'amour se mêle à une enquête sur deux assassinats. Qui a fait disparaître le malheureux tenancier qui n'avait pas le courage de mettre fin à ses jours? Qui tuera le maître de l'île si tyrannique? Le passé n'en finit plus de surgir pour éclairer le présent, et le jeune homme élevé sans père sur son île tiendra la clé de bien des énigmes. Comme dans Les Intermittences du coeur de Fabio Carpi présenté jeudi dernier, c'est le temps ici qui noue et dénoue les drames. Le présent y est l'otage du passé.

Le film repose sur des personnages forts, des situations extrêmes mais qui coulent de source, d'où cet esprit de fatalité apportant une vraie poésie à La Rencontre.

Moins réussi est Soleil d'août, de Prasanna Vithanage. Première production du Sri Lanka présentée en compétition au FFM, celle-ci nous fait traverser les affres de la guerre civile qui a si longtemps ravagé le pays. Trois histoires s'entrelacent: celle d'une famille déracinée lancée sur la route, celle d'un soldat qui découvre dans un bordel comment sa jeune soeur gagne sa vie, puis, plus centrale, la quête d'une femme qui convainc un journaliste de l'accompagner jusqu'au fief des rebelles qui détiennent peut-être son mari captif.

Le scénario ne lie pas ces histoires avec assez d'habileté pour capter vraiment l'attention du spectateur. Des pistes sont apportées sans déboucher sur des intrigues fortes et, malgré l'intérêt sociologique de ce film, sa lenteur et l'absence de lignes de narration vraiment puissantes en font une oeuvre assez soporifique.

***

Le festival tire à sa fin. Il ne reste qu'un film à voir en compétition demain: Jericho Mansions, d'Alberto Sciamma, une coproduction Canada-Royaume-Uni. On se risque à faire quelques prédictions d'usage, généralement balayées au palmarès, mais on le fait quand même. La moitié environ des longs métrages qui concouraient avaient une vraie valeur, le ratio habituel au FFM.

- Grand Prix des Amériques: La Rencontre d'Ömer Kavur.

- Grand Prix du jury: Les Intermittences du coeur de Fabio Carpi ou Gaz Bar Blues de Louis Bélanger.

- Prix de la mise en scène: Goran Markovic pour Le Cordon.

- Prix du scénario: Le Professionnel de Dusan Kovacevic.

- Prix d'interprétation masculine: Serge Thériault dans Gaz Bar Blues.

- Prix d'interprétation féminine: Rodica Ionescu dans Bénie sois-tu, prison de Nicolae Margineanu.






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