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Entretien avec Michael Winterbottom - Pas de routine pour l’enfant terrible

21 juillet 2012 | André Lavoie | Cinéma
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	Tess évoque immédiatement la beauté juvénile de Nastassja Kinski, captée par Roman Polanski en 1979. Elle devient ici Trishna, sous les traits de la vedette féminine de Slumdog Millionnaire, Freida Pinto.</div>
Photo : Métropole Films
Tess évoque immédiatement la beauté juvénile de Nastassja Kinski, captée par Roman Polanski en 1979. Elle devient ici Trishna, sous les traits de la vedette féminine de Slumdog Millionnaire, Freida Pinto.
Trishna prendra l’affiche le vendredi 27 juillet à Montréal
Le terme « éclectique » apparaît trop souvent galvaudé, mais en ce qui concerne la filmographie de Michael Winterbottom, il ne semble pas assez puissant pour décrire la diversité des univers qu’il explore. Le réalisateur britannique propose depuis plus de 20 ans des films qui ne ressemblent jamais au précédent.

En effet, on compte peu de cinéastes capables de plonger dans le film musical (24 Hour Party People), le conte érotique (9 Songs), le drame de guerre (Welcome to Sarajevo) ou la science-fiction (Code 46). Sachant qu’il est amoureux des espaces exotiques, mais pas les plus bucoliques (il a déjà tourné au Pakistan et en Afghanistan), personne ne sera surpris de le voir débarquer en Inde pour adapter un roman de Thomas Hardy, Tess of the D’Urbervilles.
 
Comme pour consolider son image de globe-trotter, c’est de l’Italie que Michael Winterbottom me parle de Trishna, son troisième regard sur une œuvre de l’écrivain anglais après The Claim et Jude, qui mettait en vedette une jeune Kate Winslet. Le personnage de Tess évoque immédiatement la beauté juvénile de Nastassja Kinski captée par Roman Polanski en 1979 dans un parfum de controverse, et on ne sera pas surpris d’apprendre que Michael Winterbottom tenait à explorer d’autres avenues.
 
Le côté british

Transposer l’Angleterre du XIXe siècle dans l’Inde d’aujourd’hui apparaissait comme une évidence. « Je visitais le pays pour le tournage d’un autre film et, en voyant tous les bouleversements qui s’opèrent dans la société indienne, le choix de l’Inde s’est imposé », souligne-t-il de ce bel accent british. Ce cadre exotique pour un roman si britannique révèle d’ailleurs une autre nécessité. « Comme j’avais déjà porté à l’écran deux romans de Thomas Hardy, je ne voulais pas refaire une autre adaptation un peu traditionnelle », dit celui que la routine au cinéma a toujours ennuyé.
 
Le cinéaste a eu la main heureuse en choisissant une autre actrice à la beauté envoûtante pour incarner cette héroïne tragique issue d’un milieu modeste et bafouée par l’égoïsme des hommes. Tess, devenue Trishna, a pris les traits de Freida Pinto, la vedette féminine de Slumdog Millionnaire, mais alors que deux personnages masculins scellaient son destin dans le roman, il a préféré fusionner les deux hommes en un seul. Alec d’Urberville et Angel Clare prennent ici les traits de Jay (Riz Ahmed), le fils d’un propriétaire d’une chaîne hôtelière élevé à l’anglaise… mais avec un fond bien indien. Un choix que justifie le cinéaste qui, à l’occasion, se fait aussi scénariste. « Alec représentait la sensualité et Angel, la spiritualité ; cette division me semblait trop schématique. En fusionnant les deux figures, je rendais le personnage plus complexe, et surtout plus crédible. »
 
Habitué aux tournages dans des conditions extrêmes — il adore filmer caméra à l’épaule et laisse souvent ses comédiens improviser leurs dialogues —, Michael Winterbottom n’a que de bons souvenirs de son passage à Mumbai et dans la région de Rajasthan, reconnaissant toutefois que ce n’est pas toujours simple de négocier avec les administrations locales et qu’il faut gagner la confiance des gens.
 
Plus d’un style

À cette étape de sa carrière, après tant de films dont certains avec de grandes vedettes (comme Angelina Jolie dans A Mighty Heart), est-il prêt à faire le saut à Hollywood avec ses films à gros budgets ? « La majorité des cinéastes s’engagent dans une ou deux voies et s’en tiennent à cela. Mais je suis fasciné par tellement de choses, pourquoi me priver ? Évidemment, je sens de la pression pour faire un certain type de films. Mais il y a une partie de moi, et c’est peut-être un peu pervers, qui refuse de se laisser cantonner dans un seul genre ou un seul style. »
 
Ceux qui voudront dompter celui que l’on considère encore comme l’enfant terrible du cinéma anglais devront prendre leur mal en patience.

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