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    Au creux des ténèbres, la lumière

    Le court-métrage Bydlo, la plus récente création du cinéaste d’animation Patrick Bouchard, ouvre ce soir le 16e festival Fantasia

    19 juillet 2012 |François Lévesque | Cinéma
    Le parcours de Patrick Bouchard est aussi intéressant que la genèse de son film.
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le parcours de Patrick Bouchard est aussi intéressant que la genèse de son film.

    Une terre aride où ne poussent que des cailloux. Une goutte d’eau providentielle. Un sol qui se met à remuer. Sorti de la boue, un boeuf tente d’avancer, aidé par une nuée de petits humanoïdes qui finissent par l’assiéger. Une allégorie toute simple mais ô combien éloquente, Bydlo résume l’inconscience humaine en huit minutes d’animation image par image, ou « stop-motion ». Huit minutes de maîtrise et de minutie gorgées d’une beauté sinistre ; huit minutes issues de l’imaginaire génial et sombre de Patrick Bouchard, qui présentera Bydlo en première nord-américaine ce soir lors du lancement de la 16e édition de Fantasia. Le Devoir l’a rencontré.

     

    Genèses


    La genèse de Bydlo est (presque) aussi intéressante que le film. En 1874, après avoir visité l’exposition de son ami peintre Victor Hartmann, le compositeur russe Modeste Moussorgski composa un cycle pour piano intitulé Tableaux d’une exposition. La quatrième pièce, Bydlo, fait référence à une peinture aujourd’hui perdue montrant un boeuf sous le joug.


    Curieux hasard, c’est dans le classique de Disney Fantasia que Patrick Bouchard entendit d’abord la musique de Moussorgski. « J’étais déjà sensible à la musique classique parce que ma mère en écoutait beaucoup à la maison. D’ailleurs, la musique, c’est ma première passion, révèle le cinéaste. Ce morceau précis, je l’ai entendu dans un cours de musique. Ça m’a marqué. »


    Le parcours de Patrick Bouchard est, lui, aussi intéressant que la genèse de son film. Outre la musique, ce natif du Saguenay se passionne pour la photo et la peinture. Aussi, c’est tout naturellement qu’il s’inscrit au baccalauréat interdisciplinaire offert dans sa région. « Durant cette période-là, je me suis intéressé au cinéma d’animation même si ce n’était pas au programme, parce que j’ai compris que mes passions conjuguées pour la photo et la peinture, et même la musique, pouvaient être réunies grâce à ça. »


    Cette révélation le pousse sur la voie de l’autodidaxie. Après moult expérimentations, il décide de soumettre en guise de projet final de son baccalauréat non pas un court-métrage classique, mais un court- métrage d’animation, Jean Leviériste. « Mon professeur, Alain Corneau, à qui je dois beaucoup, n’était pas trop sûr, mais j’ai tenu mon bout. Je disposais de 600 $ et du sous-sol de mes parents », résume Patrick Bouchard en riant. Le résultat dépasse toutes les attentes. Impressionné, Alain Corneau met son étudiant en contact avec l’Office national du film.


    Issu d’un projet-pilote de l’ONF, le premier film professionnel du cinéaste sera entièrement tourné au Saguenay. Les ramoneurs cérébraux vaut à son jeune auteur le Jutra du meilleur film d’animation en 2003. Patrick Bouchard en remportera un second en 2006 avec Dehors novembre, une oeuvre animée aussi brillante que bouleversante qui, à partir d’un scénario de Marcel Jean, met en images la célèbre chanson des Colocs.


    Sélectionné à Annecy, le plus prestigieux festival de cinéma d’animation de la planète, Dehors novembre sera suivi par Révérence, qui relate la curieuse traversée d’un désert (existentiel ?) effectuée par un homme marchant sur le tapis rouge que roule derrière lui puis déroule devant lui un laquais essoufflé. Cette autre allégorie muette, Patrick Bouchard travaillant toujours sans dialogue, est empreinte de la même ironie funeste que Bydlo, également sélectionné à Annecy. Pessimiste, l’artiste ?

     

    Espoir diffus


    « C’est vrai que mes courts- métrages dégagent un certain fatalisme, réfléchit-il. Tout ça fait écho aux peurs qui m’habitent. Ça s’accroît avec la paternité, je pense. Mais il y a quand même de la lumière dans mes films, du moins je l’espère. » Il y en a, diffuse, mais présente. Dans Les ramoneurs cérébraux, la dernière partition d’un compositeur sur le point d’avoir le cerveau lavé, littéralement, représente cette lumière. Dans Dehors novembre, elle émane de la chanson de Dédé Fortin qui, en dépit du mal-être qu’elle trahit, constitue un legs à travers lequel le chanteur vit toujours. Même s’ils finissent Gros-Jean comme devant, peut-être les protagonistes de Révérence découvriront-ils les vertus du gros bon sens ?


    Reste Bydlo, une mise en garde poétique qui, de par sa nature même, fait office de phare en ces temps troubles où le genre humain menace plus que jamais sa propre survie. Après son passage à Fantasia, Bydlo ira émerveiller les festivaliers de Trouville-sur-Mer. En attendant d’y revoir son dernier-né, les cinéphiles peuvent visionner les oeuvres précédentes de Patrick Bouchard sur le site de l’ONF.

    Le parcours de Patrick Bouchard est aussi intéressant que la genèse de son film. Les petits personnages humanoïdes dans le court métrage Bydlo, de Patrick Bouchard. <br />
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Les petits personnages humanoïdes qui provoquent leur propre perte dans le court métrage Bydlo, ici bien alignés dans l’atelier de Patrick Bouchard.
     
     
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