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Monstres et merveilles

Un magique lauréat du Grand Prix à Sundance et de la Caméra d’or à Cannes

14 juillet 2012 | François Lévesque | Cinéma
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Photo : Films Seville
Dans le rôle de Hushpuppy, la petite Quvenzhané Wallis est extraordinaire.

Beasts of the Southern Wild (Les bêtes du Sud sauvage)

Réalisation : Behn Zeitlin. Scénario : B. Zeitlin, Lucy Alibar d’après sa pièce. Avec Quvenzhané Wallis, Dwight Henry, Gina Montana. Photo : Ben Richardson. Montage : Crockett Doob, Affonso Gonçalves. Musique : Dan Romer, B. Zeitlin. États-Unis, 2012, 91 min.

L’une des grandes injusticesde l’âge adulte est de se voir privé de la magie de l’enfance. La fin de l’innocence est inéluctable et la maturité, une fatalité. Et l’un des nombreux mérites des artistes est leur capacité à y replonger afin d’en rapporter un peu de candeur et de merveilleux, et ce, pour le bonheur de tous. Une oeuvre autofinancée par un collectif de cinéastes, de dramaturges, de peintres et de musiciens, Beasts of the Southern Wild accomplit ce petit miracle avec trois fois rien, sinon de l’imagination, de la sensibilité, et une petite fille dont on n’a pas fini d’entendre parler.


On la surnomme Hushpuppy. Avec sa tignasse en broussaille et un regard dont la maturité tranche avec ses six ans, Hushpuppy habite dans le bayou avec son papa Wink, chacun dans sa bicoque. Il picole, mais il n’oublie jamais de mettre du poulet à griller. Elle est laissée à elle-même, mais ne s’ennuie jamais. Quand la tristesse l’étreint, Hushpuppy s’enroule dans une vieille camisole, vestige d’une mère décédée ou enfuie. Père et fille ont leur routine et s’y tiennent. Entre eux circule un amour rude, mais profond. Puis, un jour, la nature se fâche. On promet un ouragan tellement puissant que le bayou sera englouti…

 

Dans le bayou


Narré par la petite protagoniste dans une langue absolument délicieuse, Beasts of the Southern Wild parle de la Louisiane et de l’ouragan Katrina sans mentionner l’un ni l’autre. Il s’agit bel et bien d’un conte ; une histoire qu’une gamine se raconte à elle-même en un long monologue intérieur. D’une beauté âpre, le film dégage une sorte de lyrisme chaotique, un dénuement poétique. Il y a quelque chose de Winter’s Bone dans cette manière de filmer l’indigence des personnages sans les juger ni les plaindre. Hushpuppy ne l’a pas facile, mais elle l’ignore. Elle n’est pas une victime : elle est forte et résiliente. C’est une princesse guerrière, comme la San Mononoké de Hayao Miyazaki. D’ailleurs, on décèle l’influence du maître japonais dans les préoccupations écologiques qui nourrissent la trame de Beasts of the Southern Wild, tout comme dans la construction en forme de récit initiatique du scénario.

 

L’art de l’enfance


Dans le rôle de Hushpuppy, Quvenzhané Wallis est extraordinaire. Quelle présence ! Quel instinct ! Elle est le personnage, tout simplement. Elle vit, elle ne joue pas. Dwight Henry, un boulanger louisianais sans expérience du jeu, est tout aussi crédible dans le rôle du père rattrapé par son alcoolisme. Le reste de la ménagerie des marais est à l’avenant, avec ces non-professionnels d’un naturel confondant, et aucune fausse note ne dépare la partition. Lauréat du Grand Prix à Sundance et de la Caméra d’or à Cannes, Behn Zeitlin a su diriger son monde, tout comme il a su comprendre qu’un plan évocateur vaut parfois mieux que tous les effets spéciaux qu’un semblant de budget aurait pu lui permettre. Ici, les trucages minimalistes fonctionnent parfaitement.

 

Monstre imaginaire


Parce que l’héroïne a transposé ses peurs et ses angoisses en créatures préhistoriques inspirées par le verrat qui trône dans sa cour, on a en effet droit à quelques apartés fantastiques montrant lesdites créatures se rapprocher inexorablement du hameau inondé. Or, comme Hushpuppy le comprendra, la civilisation peut être bien plus dangereuse que les bêtes qui peuplent son imaginaire. Pour peu qu’un reste de capacité d’émerveillement subsiste en lui, le cinéphile devrait chérir Beasts of the Southern Wild comme un cadeau précieux, un bout d’enfance retrouvée.

 
 
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