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Savages est parmi les moins bons coups d’Oliver Stone

7 juillet 2012 | François Lévesque | Cinéma
Ce film met en scène les membres d’un réseau de vente de cannabis de la Californie.
Photo : Universal Ce film met en scène les membres d’un réseau de vente de cannabis de la Californie.

Sauvages (V.F. de Savages)

Réalisation : Oliver Stone. Scénario : O. Stone, Shane Salermo, Don Winslow, d’après son roman. Avec Blake Lively, Aaron Johnson, Taylor Kitsch, Salma Hayek, Benicio Del Toro, John Travolta. Photo : Daniel Mindel. Montage : Joe Hutshing, Stuart Levy, Alex Marquez. Musique : Adam Peters. États-Unis, 2012, 130 min.

Savages marque pour Oliver Stone un retour dans l’univers des narcotrafiquants. En effet, avant de s’imposer comme cinéaste avec Platoon, en 1986, le lauréat d’un Oscar pour le scénario de Midnight Express écrivit celui du film-culte Scarface pour Brian De Palma. En cette occasion, Stone ne se contenta pas d’adapter le film original de Howard Hawks : il transposa l’action de Chicago à Miami, remplaça la contrebande d’alcool par le trafic de cocaïne, et fit du gangster italo-américain un émigré cubain débarqué en sol américain dans la foulée de l’exode de Mariel. Recherchiste infatigable et déjà consommateur de drogue notoire, Oliver Stone passa deux mois au pays de Fidel Castro afin de fouiller convenablement son sujet. Devant son plus récent long-métrage, on doute qu’il se soit donné tant de mal cette fois.

Les choses s’annoncent pourtant bien. Un fini granuleux, des silhouettes masquées, des hommes enchaînés qui supplient l’objectif du regard, un bruit de tronçonneuse : ainsi, Oliver Stone s’offre un clin d’oeil grinçant à l’une des plus célèbres scènes de Scarface en guise d’ouverture. C’est de circonstance. Si seulement le reste avait été de la même eau…


Savages se déroule dans l’environnement luxueux et sexy de Laguna Beach, en Californie. Tout le monde il est beau, tout le monde il est jeune, tout le monde il est surfeur. Et tout le monde il fume du pot. Ben et Chon (à ne pas confondre avec Cheech et Chong) l’ont compris et, depuis six ans, ils sont à la tête d’un réseau de vente de cannabis suffisamment développé pour leur assurer une vie de pacha, à eux ainsi qu’à Ophelia, la fille qui leur a donné son coeur à tous les deux. En fait, la marijuana de Ben et Chon est tellement bonne qu’Elena, une narcotrafiquante mexicaine, a décidé de procéder à un rachat hostile. Question de mettre un peu de pression sur les entrepreneurs indépendants, la señorita sadique kidnappe la pauvre Ophelia. Entre brosse à dents et salade verte, les demandes de cette dernière envers ses geôliers ne permettent guère de conclure à un profond état de choc, mais passons.


On comprend que quelque chose cloche bien avant, dès la deuxième scène. Il s’agit du véritable prologue, ce qui n’empêche pas ensuite une très longue et très laborieuse mise en place en attendant l’action. Bref, dans la séquence en question, l’image vire inexplicablement au noir et blanc alors que la ravissante Ophelia prend la pose sur la plage, sa silhouette sculpturale se découpant devant un océan aussi photogénique qu’elle. Vrai que Blake Lively, l’actrice qui interprète Ophelia, pourrait faire de la réclame pour Calvin Klein. N’empêche, cet esthétisme-là paraît à présent un brin ringard. Surtout, on ne comprend pas trop sa pertinence. De telles coquetteries formelles, Savages en est truffé.


Avance rapide


L’un des procédés favoris du réalisateur s’avère à cet égard celui de la télécommande. Remarquez que son recours poussif à la fonction « avance rapide » ne distrait jamais des nombreuses longueurs qui plombent son récit. Le jeu des acteurs n’aide pas puisque, d’un côté, il y a ceux qui prennent la proposition au sérieux et, de l’autre, ceux qui se croient chez Tarantino, dont un John Travolta très en forme, mais hors tempo.


Peut-être parce qu’elle a vu Sunset Boulevard, Ophelia assure (fort mal) la narration en voix hors champ en prenant soin de mentionner que ce n’est pas parce que c’est elle qui raconte l’histoire qu’elle s’en tire à la fin. Les dialogues regorgent de ce genre de précisions, par exemple lorsque la belle évoque le film Butch Cassidy and the Sundance Kid en comparant ses amants à Paul Newman et Robert Redford, et elle-même à Katherine Ross. Si seulement ! Devant tant d’impudence, on ne manque pas de se rappeler que tout ce beau monde savait jouer, une qualité de base qui fait cruellement défaut au trio plastique de Savages. Du réalisateur de Natural Born Killers, on attendait mieux.
 




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