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ONF et Goethe : moins deux

8 juin 2012 | Martin Bilodeau | Cinéma
Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, n’a pas fermé le cinéma ONF et la CinéRobothèque de la rue Saint-Denis. C’est l’Office national du film qui a ordonné cette fermeture, prévue pour septembre, en réaction à une odieuse compression (6,7 millions de dollars sur trois ans) ordonnée par le gouvernement conservateur dans son dernier budget. L’organisme aurait-il pu faire des compressions ailleurs que dans un service qui affecte directement son image ainsi que l’accès du public à son répertoire et à un écran localisé en plein Quartier latin ? Sûrement. Mais affecter la diffusion a politiquement plus d’impact.

Retenez vos oeufs, je me fais l’avocat du diable ici. Mais j’aurais souhaité que, dans la couverture médiatique qui a découlé de l’action publique engagée lundi par le groupe Cinéma dans la rue, soit reconnue la responsabilité de l’ONF dans la décision de fermer ses principaux lieux de diffusion, à Montréal et à Toronto.


Dans son message en introduction du rapport annuel de 2010-2011, le commissaire du gouvernement à la cinématographie et président de l’ONF, Tom Perlmutter, ne souffle pas mot au sujet de la CinéRobothèque de Montréal et de la médiathèque de Toronto. C’est déjà un signe. Plutôt, il met l’accent sur le passage au numérique, l’accessibilité de certains contenus sur différentes plateformes et la création de e-bureaux à travers le Canada. « Nous continuerons d’être une source de programmation interactive, documentaire et d’animation unique et incontournable, tant sur le plan de la forme que sur celui du contenu. De plus, nous ferons connaître notre excellence créatrice en matière de programmation par un marketing attrayant et notre engagement soutenu, de manière à développer et à fidéliser les auditoires », conclut Perlmutter.


Difficile de voir un engagement à développer et à fidéliser les auditoires dans la fermeture d’une salle qui, si elle n’a pas été exploitée à son plein potentiel au cours des 20 dernières années malgré son emplacement de choix (là encore, à qui la faute ?), forme un lien de soutien et d’amitié avec une vingtaine de festivals qui ont l’institution en haute estime à cause de cela. À cet égard, la fermeture de l’antenne de la rue Saint-Denis ne marque pas seulement la disparition d’un lieu de diffusion, elle marque aussi un très mauvais calcul au chapitre des relations publiques.


***
 

Nous avons beaucoup parlé de la disparition de cet écran ONF. Moins de la disparition ce week-end de celui du Goethe-Institut, juste en haut de la côte, rue Sherbrooke. Comme quoi une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule.


L’écran du Goethe formait lui aussi un carrefour important, où les cinéphiles montréalais ont fait la connaissance d’auteurs méconnus (Andreas Dresen, Oskar Roehler, Rudolf Thome, etc.) et poursuivi leur relation avec les maîtres allemands (Schlöndorff, Kluge, Von Trotta, Fassbinder, Wenders, etc.). Mais le Goethe, c’est aussi, depuis 25 ans, une main tendue à la communauté cinématographique locale ainsi que le sourire irrésistible de Kaisa Tikkanen, coordonnatrice du programme de cinéma depuis 1995. Cette cinéphile passionnée, curieuse et rieuse m’a fait découvrir bien des trésors à travers ses rétrospectives et programmes. Je lui dois beaucoup et je tenais à la remercier publiquement. Par la même occasion, je tiens à souligner la contribution de Brigitte Hubmann, qui a inauguré cette salle en 1987 et amorcé cette relation privilégiée que les cinéphiles montréalais entretiennent avec le 418 de la rue Sherbrooke Est.


Rappelons que le Goethe-Institut sera déménagé cet été dans des locaux tout neufs du Quartier des spectacles. Il ne comportera plus de salle de cinéma, mais Kaisa Tikkanen reste à l’Institut pour, entre autres activités et fonctions, promouvoir le cinéma allemand. Restons donc à l’écoute, au-delà de la tombée du rideau qui aura lieu demain soir. Kaisa clôt en beauté avec, comme ultime au revoir au projecteur du Goethe, un de mes Fassbinder préférés, Le secret de Veronika Voss (1982). L’événement d’un soir, baptisé Fassbinder-Fassbier — en rapport avec la bière qui sera servie gratuitement (avec chips, super combo) —, se terminera par la vente des fauteuils de la salle. N’ayant encore jamais vu Kaisa armée d’une clé à mollette, j’apporterai mon appareil.

 
 
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